{"id":17658,"date":"2018-02-06T09:00:37","date_gmt":"2018-02-06T08:00:37","guid":{"rendered":"https:\/\/chartedefontevraultprovidentialisme.wordpress.com\/?p=17658"},"modified":"2018-02-06T09:00:37","modified_gmt":"2018-02-06T08:00:37","slug":"le-providentialiste-joseph-de-maistre-vu-par-jules-barbey-daurevilly","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/2018\/02\/06\/le-providentialiste-joseph-de-maistre-vu-par-jules-barbey-daurevilly\/","title":{"rendered":"le providentialiste Joseph de Maistre vu par Jules Barbey d&#8217;Aurevilly"},"content":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 le 3 F\u00e9vrier 2018 par Rhonan de Bar<\/p>\n<p>Publi\u00e9 dans : <a href=\"http:\/\/rhonan-de-bar.over-blog.com\/tag\/en%20faveur%20de%20la%20monarchie\/\">#EN FAVEUR DE LA MONARCHIE<\/a><\/p>\n<h1><a href=\"http:\/\/rhonan-de-bar.over-blog.com\/2018\/02\/joseph-de-maistre-par-jules-barbey-d-aurevilly.html\">JOSEPH DE MAISTRE PAR JULES BARBEY D&#8217;AUREVILLY<\/a><\/h1>\n<p>JOSEPH DE MAISTRE <a href=\"http:\/\/rhonan-de-bar.over-blog.com\/2018\/02\/joseph-de-maistre-par-jules-barbey-d-aurevilly.html?utm_source=_ob_email&amp;utm_medium=_ob_notification&amp;utm_campaign=_ob_pushmail#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> par Jules BARBEY D\u2019AUREVILLY.<\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Il est des g\u00e9nies avec lesquels il semble qu&#8217;on n&#8217;en ait jamais fini, et qui rappellent ce qu&#8217;on disait de la Sainte-Ampoule, de miraculeuse m\u00e9moire. Un jour, on croit qu&#8217;on l&#8217;a tarie, et voil\u00e0 qu&#8217;en repenchant un peu la fiole sacr\u00e9e, il en tombe in\u00e9puisablement des gouttes encore. Tel le g\u00e9nie du comte Joseph de Maistre, et depuis quelques ann\u00e9es, son histoire. Apr\u00e8s sa mort, qui limita ses \u0153uvres, en les interrompant, et les fit <em>compl\u00e8tes<\/em>, on pensait tout tenir de cet esprit puissant, qui s&#8217;\u00e9tait concentr\u00e9, dans une \u00e9poque ou presque personne ne se concentre, mais o\u00f9 tout le monde s&#8217;avachit ; et, de fait, ce qu&#8217;il avait publi\u00e9 suffisait \u00e0 la plus grande gloire religieuse du 19<sup>i\u00e8me<\/sup> \u00a0si\u00e8cle et \u00e0 une des grandes de tous les si\u00e8cles ! On s&#8217;imaginait tout conna\u00eetre de cette intelligence profonde et grave, et dont l&#8217;\u00e9clat est d&#8217;autant plus vif et plus <em>dardant<\/em> que son bloc, comme celui du diamant, est plus massif et plus solide, quand, bien du temps apr\u00e8s sa mort, on s&#8217;est avis\u00e9 de publier sa <em>Correspondance<\/em> avec sa fille, qui \u00e9tonna tout \u00e0 la fois et qui ravit, et modifia, pour la plupart des lecteurs, qui n&#8217;ont pas vu le lion quand il aime, la physionomie de ce lion-ci, qui avait la gr\u00e2ce au m\u00eame degr\u00e9 que la force, car il ne pouvait pas l&#8217;avoir davantage ! Plus tard encore, une <em>Correspondance diplomatique<\/em>, tir\u00e9e de l&#8217;ombre des chancelleries \u00e9paissie par la pr\u00e9caution, et mis\u00e9rablement alt\u00e9r\u00e9e dans un int\u00e9r\u00eat de parti, r\u00e9v\u00e9lait encore assez du de Maistre des <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> pour qu&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 du mensonge de l&#8217;alt\u00e9ration on v\u00eet \u00e9clater la v\u00e9rit\u00e9 de l&#8217;irr\u00e9ductible g\u00e9nie et tomber et passer sur l&#8217;imposture comme une rature sublime !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Mais les <em>Fragments sur la Russie<\/em>, qui ont suivi la <em>Correspondance diplomatique<\/em> dat\u00e9e de Turin, nous redonn\u00e8rent, eux, du de Maistre pur, dans la radicale beaut\u00e9 de sa pens\u00e9e et dans la simplicit\u00e9 de ce style, unique de transparence, qui est comme la vue imm\u00e9diate de l&#8217;id\u00e9e elle-m\u00eame&#8230; Enfin, voici une publication, \u2014 qui n&#8217;est peut-\u00eatre pas encore la derni\u00e8re, \u2014et qui prouve autant que toutes les autres <em>l\u2019in\u00e9puisabilit\u00e9<\/em> de ce g\u00e9nie qu&#8217;on croyait poss\u00e9der tout entier, et qui repart en jets inattendus de publicit\u00e9 quand on se disait qu&#8217;il n&#8217;y avait plus rien \u00e0 attendre de la source cach\u00e9e, semblable \u00e0 un puits art\u00e9sien qui se remettrait \u00e0 jaillir \u00e0 mesure qu&#8217;on \u00f4terait les pierres qui le couvrent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Or, ici, nous pouvons \u00eatre parfaitement tranquilles ! ce sont les mains pieuses du petit-fils de l&#8217;Auteur du Pape qui ont \u00e9cart\u00e9 ces pierres-l\u00e0.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Incontestable garantie ! Ces fragments, gard\u00e9s dans la famille, et qui attestent la laborieuse f\u00e9condit\u00e9 d&#8217;un homme aussi savant qu&#8217;il fut inspir\u00e9, chose si rare ! car l&#8217;Inspiration et la Science ne vont pas d&#8217;ordinaire par les m\u00eames chemins&#8230; ces fragments sont d&#8217;autant plus curieux qu&#8217;ils remontent \u00e0 une \u00e9poque \u00e9loign\u00e9e, o\u00f9 le g\u00e9nie de Joseph de Maistre en \u00e9tait encore \u00e0 ses premi\u00e8res \u00e9laborations. Il les \u00e9crivit de 1794 \u00e0 1796, la date \u00e0 peu pr\u00e8s de ces <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em>, \u00e0 l&#8217;explosion tardive, et qui mirent, comme le canon et plus que le canon, un intervalle entre leur lumi\u00e8re et leur bruit. On peut donc consid\u00e9rer ces fragments comme les premiers lin\u00e9aments du g\u00e9nie de Joseph de Maistre. Or, il y a une embriologie litt\u00e9raire. Etudier le g\u00e9nie dans son oeuf est une volupt\u00e9 d&#8217;observation que ce volume ne manquera pas de donner \u00e0 ceux qui sont capables de la sentir. Pour moi, je crois bien qu&#8217;il n&#8217;y a qu&#8217;une seule loi qui gouverne ces esprits de premier ordre qu&#8217;on appelle des hommes de g\u00e9nie, \u2014 et cette loi, \u00e9vidente dans l&#8217;oeuf du g\u00e9nie de Joseph Maistre aussi bien que dans l&#8217;oeuf du g\u00e9nie de Bossuet, par exemple, n&#8217;est peut-\u00eatre que l&#8217;apparition instantan\u00e9e d&#8217;une seule id\u00e9e qui va se pr\u00e9ciser et faire l&#8217;unit\u00e9 et la puissance de leur vie intellectuelle, \u00e0 ces esprits \u00e9tonnants qui ne changent pas, mais se d\u00e9veloppent, mobiles dans l&#8217;immobilit\u00e9 comme Dieu, dont ils sont bien plus pr\u00e8s que nous !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Et si c&#8217;est vrai, \u2014 ce que j&#8217;ose hasarder, \u2014 si les hommes de <em>force absolue<\/em> n&#8217;ont pas, comme je le crois, dans leur vie, de voltes et de contre-voltes, ne t\u00e2tonnant pas, ne battant pas le buisson et ne changeant pas leur fusil d&#8217;\u00e9paule, comme on dit, ainsi que la plupart d&#8217;entre nous ; s&#8217;ils poussent toujours du m\u00eame c\u00f4t\u00e9, tirant leurs coups toujours dans la m\u00eame ligne, c&#8217;est qu&#8217;ils portent en eux un principe interne qui ne fl\u00e9chit pas plus que le principe qui fait du ch\u00eane un ch\u00eane et qu&#8217;on appellera du nom qu&#8217;on voudra, mais que je me permettrai d&#8217;appeler le principe du g\u00e9nie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Principe qui fait d&#8217;eux bien moins des cr\u00e9atures humaines que des cr\u00e9ations divines, \u2014 des outils de Dieu ! comme disait Tha\u00efes, qui disait fort bien. Et c&#8217;est l\u00e0 le premier caract\u00e8re que je trouve aussi en ces fragments, qui en font foi. L&#8217;int\u00e9r\u00eat premier qu&#8217;ils nous offrent n&#8217;est pas leur valeur litt\u00e9raire, fort grande pourtant, et sur laquelle je vais revenir. Non ! ce qui me frappe d&#8217;abord et ce qui frappera tout le monde, c&#8217;est cette unit\u00e9 de pens\u00e9e qui commence, et qui, sortie des ab\u00eemes de l&#8217;homme et de son \u00eatre, va prendre l&#8217;homme tout entier et s&#8217;asservir sa vie. Ce qui me frappe, c&#8217;est que le m\u00e2le g\u00e9nie du <em>Pape<\/em> et des <em>Soir\u00e9es de Saint-P\u00e9tersbourg<\/em>, plus ferme encore que Bossuet sur sa base, \u00e0 quelque \u00e9poque qu&#8217;on s&#8217;avance ou qu&#8217;on recule dans sa vie, n&#8217;ait jamais eu qu&#8217;une pens\u00e9e que, sous sa plume unitaire, on retrouve toujours. Et non seulement en lui, l&#8217;homme de g\u00e9nie, comme dans tout homme de g\u00e9nie, il n&#8217;y eut qu&#8217;\u00e2ne pens\u00e9e, mais c&#8217;est que cette pens\u00e9e fut la pens\u00e9e m\u00eame de <em>l\u2019unit\u00e9<\/em> !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">II<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">L&#8217;unit\u00e9, en effet, c&#8217;est tout Joseph de Maistre ! L&#8217;unit\u00e9, voil\u00e0 le concept de son esprit, qu&#8217;il portait fi\u00e8rement et imp\u00e9rieusement sur toutes choses, en tout sujet, en toute mati\u00e8re. Nul homme n&#8217;eut plus que Joseph de Maistre une notion plus haute, plus noblement tyrannique, et malgr\u00e9 cela plus vaste, de l&#8217;unit\u00e9 !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">C&#8217;est la notion de l&#8217;unit\u00e9, je n&#8217;en doute pas, qui le fit rationnellement et scientifiquement catholique, quand l&#8217;heure eut sonn\u00e9 dans sa vie de le devenir ainsi, apr\u00e8s l&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 d&#8217;abord d&#8217;\u00e9ducation, de sentiment et de foi.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">L&#8217;unit\u00e9, il la voyait partout. Bien avant les abatteurs de fronti\u00e8re, qui dressent sur le pavois, embrass\u00e9e et entrelac\u00e9e, la grande figure de l&#8217;Humanit\u00e9, le comte de Maistre, l&#8217;antiphilosophe, l&#8217;antiprogressif, le retardataire, montrait de son doigt proph\u00e9tique l&#8217;Europe, et par l&#8217;Europe le monde, ascendant vers ce but de tout : l&#8217;unit\u00e9 ! une unit\u00e9 vague encore et myst\u00e9rieuse, pour lui certaine. Et ni la R\u00e9volution fran\u00e7aise, qu&#8217;il n&#8217;aimait certes pas ! et qui d\u00e9chira les entrailles de l&#8217;Europe apr\u00e8s se les \u00eatre d\u00e9chir\u00e9es \u00e0 elle-m\u00eame de ses propres mains, ni les cons\u00e9quences de ce Protestantisme pulv\u00e9risateur qu&#8217;il d\u00e9testait, et qui fait lever maintenant des atomes de poussi\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 il y avait autrefois du ciment, n&#8217;arrach\u00e8rent \u00e0 Joseph de Maistre, tout le temps qu&#8217;il v\u00e9cut, sa foi profonde en une unit\u00e9 sup\u00e9rieure, qui, t\u00f4t ou tard, devait se reconstituer. Que si son dernier mot fut un mot de d\u00e9sespoir, c&#8217;est que cette unit\u00e9 tardait trop, au gr\u00e9 de son ardente pens\u00e9e ! Le catholique, en lui, ne fut si glorieux et si pur que parce qu&#8217;il \u00e9tait unitaire. Pour lui, la v\u00e9rit\u00e9 du catholicisme fut surtout d&#8217;\u00eatre la religion de l&#8217;unit\u00e9. Il n&#8217;a pas fait, lui, de sermon sur l&#8217;unit\u00e9, mais il lui est rest\u00e9 plus fid\u00e8le que celui qui en pronon\u00e7a un. Et voil\u00e0 pourquoi il l&#8217;emporte (\u00e0 mes yeux du moins) sur Bossuet m\u00eame ;\u00a0 car le g\u00e9nie, c&#8217;est ce qui ne change pas, mais ce qui se tient immuablement \u2014 <em>stat<\/em> \u2014 dans l&#8217;ordre de la v\u00e9rit\u00e9 !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">De Maistre fut ce Stator magnifique, depuis le jour o\u00f9 il prit la plume jusqu&#8217;au jour o\u00f9 il la quitta. Ni par l&#8217;\u00e2me, ni par l&#8217;intelligence, il n&#8217;est agit\u00e9 une minute. Dans la pens\u00e9e comme dans la vie, il eut le calme des grandes convictions, qui font le fond des plus grands g\u00e9nies. Tel vous le voyez dans son livre du Pape, aux chapitres fameux de l&#8217;Infaillibilit\u00e9 et de la Souverainet\u00e9, \u2014 tout son syst\u00e8me n\u00e9 dans la conception de l&#8217;unit\u00e9, \u2014 tel vous le retrouvez, en remontant, dans cette dissertation <em>sur la Souverainet\u00e9<\/em>, qui n&#8217;\u00e9tait peut-\u00eatre qu&#8217;une pierre d&#8217;attente pour ses travaux futurs, et que je regarde comme le morceau capital du livre posthume qu&#8217;on a \u00e9dit\u00e9. L&#8217;auteur peut y \u00eatre moins fulgurant, moins \u00e9crasant de clart\u00e9 que dans le Pape, mais il y -est int\u00e9gral (d\u00e9j\u00e0), absolu, p\u00e9remptoire, avec cet \u00e9clair \u00e0 la cime d&#8217;une phrase ou d&#8217;un mot qui est tout de Maistre, et ce m\u00e9pris que j&#8217;ai appel\u00e9 un jour la seule col\u00e8re d&#8217;un gentilhomme.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">III<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Et de fait, il n&#8217;eut jamais que celle-l\u00e0.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Beaucoup d&#8217;esprits, qui se mettent en col\u00e8re pour lui ont regard\u00e9 cet homme, qui fut peut-\u00eatre le plus \u00a0\u00a0calme des hommes de g\u00e9nie (il a le calme de l&#8217;absolu), comme le plus violent des violents ; mais c&#8217;est l\u00e0 l&#8217;erreur de la violence chez ceux qui l&#8217;ont jug\u00e9. Je ne sache gu\u00e8res en toutes ses oeuvres qu&#8217;une page de col\u00e8re enflamm\u00e9e, et c&#8217;est le c\u00e9l\u00e8bre portrait de Voltaire, \u00e9crit avec la griffe d&#8217;un tigre tremp\u00e9e dans du vitriol ; seulement, remarquez que, dans ce portrait, de Maistre ne parle pas en son nom personnel, mais au nom et par la bouche des personnages du dialogue de <em>ses Soir\u00e9es de Saint-P\u00e9tersbourg<\/em>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Il fait oeuvre l\u00e0 d&#8217;auteur dramatique, et il n&#8217;est pas plus responsable de toute cette fureur que Shakespeare, par exemple, des rugissements d&#8217;Othello. Le comte de Maistre, en grand artiste qu&#8217;il est, invente une col\u00e8re, mais il ne la ressent pas ; et, cependant, il n&#8217;y a pas que la haine et la violence contre lui qui s&#8217;y soient tromp\u00e9es ! Un homme qui avait autant de respect que moi pour le bon et grand homme dont la vertu toucha \u00e0 la saintet\u00e9, Louis Veuillot, \u00e0 propos des Fragments signal\u00e9s derni\u00e8rement \u00e0 l&#8217;attention publique, a parl\u00e9 du noble courroux de l&#8217;auteur de ces fragments contre les incr\u00e9dules et les r\u00e9volutionnaires. Eh bien, cela est encore trop. De Maistre ne se courrouce point.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Il est trop patricien pour donner cet avantage \u00e0 ses adversaires. Il m\u00e9prise, et avec quelles formes concentr\u00e9es et sombres, bien autrement terribles d&#8217;effet dans leur concentration et leur sobri\u00e9t\u00e9 que tous les tonitruments de la col\u00e8re !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">\u00ab Mais ce feu sacr\u00e9 qui anime les nations, \u2014 dit-il, \u00e0 la fin d&#8217;un des plus beaux chapitres de son <em>Etude sur la Souverainet\u00e9<\/em>, que nous avons l\u00e0 sous les yeux, \u2014 est-ce toi qui peux l&#8217;allumer, homme imperceptible?&#8230; Quoi ! tu peux donner une \u00e2me commune \u00e0 plusieurs millions d&#8217;hommes ? Quoi I tu peux ne faire qu&#8217;une volont\u00e9 de toutes les volont\u00e9s ? Les r\u00e9unir sous tes \u00a0lois? Les serrer autour d&#8217;un centre unique? Donner ta pens\u00e9e aux hommes qui n&#8217;existent pas encore ? Te faire ob\u00e9ir par les g\u00e9n\u00e9rations futures et cr\u00e9er des coutumes v\u00e9n\u00e9rables, ces pr\u00e9jug\u00e9s conservateurs, p\u00e8res des lois et plus forts que les lois ? \u2014 Tais-toi ! \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Tel est l&#8217;accent de Joseph de Maistre, en ses oeuvres, quand il y parle pour le propre compte de sa pens\u00e9e, Il l&#8217;avait, cet accent, comme sa pens\u00e9e elle-m\u00eame, au temps o\u00f9 il \u00e9crivait ses premi\u00e8res pages, et c&#8217;est sur ce point que la Critique qui \u00e9tudie les origines de l&#8217;esprit d&#8217;un homme doit visiblement insister. De Maistre est lui-m\u00eame l&#8217;unit\u00e9 qu&#8217;il voyait partout, dans tout ce qui doit \u00eatre grand et fort. II \u00e9tait fait spirituellement comme il voulait que les choses fussent faites. Il \u00e9tait n\u00e9 arm\u00e9 de facult\u00e9s soudaines, qu&#8217;il put aiguiser mais auxquelles il n&#8217;ajouta pas, et par cons\u00e9quent, conclusion derni\u00e8re, il a cet avantage, interdit \u00e0 presque tous les autres hommes, m\u00eame de g\u00e9nie inf\u00e9rieur au sien, que les livres de son \u00e2ge m\u00fbr ne font pas rougir de honte les \u00e9lucubrations de sa jeunesse, et qu&#8217;on peut le voir avec plaisir et le reconna\u00eetre dans ce miroir renvers\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">IV<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">On lira donc ce volume attard\u00e9 apr\u00e8s les chefs d&#8217;\u0153uvre des <em>Soir\u00e9es de Saint-P\u00e9tersbourg<\/em>, du <em>Pape<\/em>, de l\u2019Examen de la philosophie de Bacon, des Consid\u00e9rations sur la France, et on n&#8217;\u00e9prouvera nullement l&#8217;affadissement que causent les livres faibles apr\u00e8s les forts. On ne regardera point comme une pure pi\u00e9t\u00e9 de famille, qui est souvent, en mati\u00e8re de livres, une superstition, la publication de ce vieux fond de tiroir, et on y trouvera du parfum. L&#8217;odeur d&#8217;un g\u00e9nie s&#8217;y respire encore, m\u00eame apr\u00e8s qu&#8217;on s&#8217;en est enivr\u00e9 ailleurs, en des endroits plus satur\u00e9s de cet ar\u00f4me p\u00e9n\u00e9trant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Ind\u00e9pendamment de l&#8217;int\u00e9r\u00eat de la recherche qu&#8217;on aime \u00e0 faire des premiers produits d&#8217;un talent quelconque, le dernier volume de Joseph de Maistre m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre lu pour lui-m\u00eame. Ce n&#8217;est pas un livre organis\u00e9, mais c&#8217;est comme le chantier des id\u00e9es mises depuis en oeuvre par un homme qui va de pair avec les plus forts. En dehors des statues finies de Michel-Ange, j&#8217;ai la certitude que son atelier serait encore quelque chose de suggestif et de grand. M\u00eame la sciure de son marbre, n&#8217;aurait-elle pas un aspect auguste ? C&#8217;est une impression de cet ordre que vous causera ce gros volume de cinq cent cinquante pages, o\u00f9 il y a de la sciure de ces id\u00e9es qui, depuis, sont devenues des monuments !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Les dissertations qui forment l&#8217;ensemble de ce volume n&#8217;ont pas, il est vrai, le m\u00eame m\u00e9rite et la m\u00eame importance, mais toutes ont l&#8217;empreinte de la robuste main qui a \u00e9quarri et taill\u00e9 leurs quelques blocs. Malgr\u00e9 la diff\u00e9rence des noms qu&#8217;elles portent, elles rentrent toutes les unes dans les autres. Soit qu&#8217;elles s&#8217;appellent : <em>Fragment sur la France<\/em>, <em>Bienfaits de la R\u00e9volution, Etudes sur la Souverainet\u00e9, L\u2019In\u00e9galit\u00e9 des conditions, Du Protestantisme et de la Souverainet\u00e9<\/em> encore, c&#8217;est toujours le m\u00eame probl\u00e8me, pos\u00e9 d\u00e8s qu&#8217;il a pens\u00e9, je crois, et que de Maistre a pass\u00e9 sa vie \u00e0 retourner sur toutes les faces. C&#8217;est toujours et d\u00e9j\u00e0 la tactique de ce singulier philosophe parmi les philosophes, qui r\u00e9pondait aux pr\u00e9tentions et aux insolences de la m\u00e9taphysique avec de l&#8217;histoire. Joseph de Maistre est, en effet, un g\u00e9nie historique par excellence. Dans un temps qui, comme le n\u00f4tre, affecte de ne plus croire \u00e0 rien qu&#8217;\u00e0 l&#8217;Histoire, on devrait, si on \u00e9tait cons\u00e9quent, honorer profond\u00e9ment ce Joseph de Maistre, dont on a fait un utopiste de surnaturalit\u00e9 religieuse, comme l&#8217;esprit qui a le plus d\u00e9velopp\u00e9 et approfondi dans ses oeuvres le sens de l&#8217;Histoire. Il ne croit qu&#8217;en elle. On pourrait l&#8217;appeler le mystique de la Tradition I L&#8217;Histoire, pour lui, qu&#8217;elle parle ou se taise, est une r\u00e9v\u00e9lation de toutes les v\u00e9rit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 l&#8217;homme et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, ces deux \u00eatres qu&#8217;il ne s\u00e9para jamais ! Il en \u00e9l\u00e8ve les coutumes et jusqu&#8217;aux pr\u00e9jug\u00e9s \u00e0 la hauteur de lois immuables, et si le 18<sup>i\u00e8me <\/sup>si\u00e8cle lui appara\u00eet le plus profond\u00e9ment perdu de raison de tous les si\u00e8cles, et, dans ce si\u00e8cle, Jean-Jacques Rousseau le plus perdu des philosophes, c&#8217;est que le 18<sup>i\u00e8me<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et Rousseau, l&#8217;auteur du <em>Contrat social<\/em> et de <em>l\u2019In\u00e9galit\u00e9 des conditio<\/em>ns, sont, de tous les temps et de tous les hommes, ceux qui ont le plus m\u00e9connu la voix infaillible et l&#8217;autorit\u00e9 souveraine de l&#8217;Histoire. Dans le volume des oeuvres in\u00e9dites se trouve pr\u00e9cis\u00e9ment un examen de la philosophie de Rousseau, qui pourrait s&#8217;appeler : <em>Une mise en charpie<\/em>. C&#8217;est merveilleux de d\u00e9chiqu\u00e8tement ! Et le morceau d&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, intitul\u00e9 : <em>Les bienfaits de la R\u00e9volution<\/em>, avec l&#8217;ironie qui \u00e9tait la meilleure fl\u00e8che du carquois de de Maistre et celle dont il se servait le plus, est encore une preuve faite avec de l&#8217;histoire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">L&#8217;auteur y oppose la r\u00e9volution \u00e0 la r\u00e9volution, et lui met sur la gorge les t\u00e9moignages \u00e9crits de ceux qui l&#8217;ont voulue et de ceux qui l&#8217;ont admir\u00e9e. C&#8217;est l\u00e0 un morceau d&#8217;\u00e9rudition accablante que les historiens futurs trouveront ici, \u00e0 leur service, et qu&#8217;avec la distance qui velout\u00e9 tout, m\u00eame le crime, ils ne recommenceraient peut-\u00eatre pas avec ce d\u00e9tail massacrant et cette minutie vengeresse..<\/span>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/rhonan-de-bar.over-blog.com\/2018\/02\/joseph-de-maistre-par-jules-barbey-d-aurevilly.html?utm_source=_ob_email&amp;utm_medium=_ob_notification&amp;utm_campaign=_ob_pushmail#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u0152uvres in\u00e9dites. \u2014 Quatre chapitres in\u00e9dits sur la Russie.<\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">V<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Et maintenant, il faut se r\u00e9sumer sur ce livre posthume de Joseph de Maistre. J&#8217;ai dit simplement ce qu&#8217;il contient. Je n&#8217;avais rien \u00e0 dire de plus. Ses opinions sont trop les miennes pour que je puisse le critiquer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">A mon sens, tr\u00e8s humble, mais tr\u00e8s convaincu, philosophiquement ou plut\u00f4t th\u00e9ologiquement, ce que de Maistre a exprim\u00e9 dans tous ses livres est absolument vrai, et, litt\u00e9rairement, c&#8217;est absolument beau, \u2014 et d&#8217;une beaut\u00e9 \u00e0 lui, qui n&#8217;imite et ne rappelle personne&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Ce livre-ci n\u2019ajoute rien \u00e0 cette Immensit\u00e9, mais n&#8217;en diminue rien non plus. Il devait \u00eatre publi\u00e9 tout ce qu&#8217;une pareille plume a trac\u00e9 appartient au monde), et il l\u2019a \u00e9t\u00e9 avec intelligence. L&#8217;\u00e9diteur avait bien choisi son moment, le moment historique, pour remettre sous les yeux d&#8217;un public, devenu la post\u00e9rit\u00e9, le grand nom intellectuel de Joseph de Maistre, l&#8217;inoubliable nom de l&#8217;homme qui n&#8217;a pas fait seulement le livre du Pape, mais qui \u2014 autant, du moins, que l&#8217;influence des hommes peut faire quelque chose en ces d\u00e9cisions surnaturelles de l&#8217;Esprit-Saint, \u2014 pourrait bien avoir fait aussi le concile du Vatican.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">VI<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Les <em>Quatre chapitres in\u00e9dits sur la Russie<\/em> n&#8217;ont pas eu, quand ils ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s, le retentissement \u00a0auquel ils avaient droit avec le nom et le g\u00e9nie de leur auteur. La critique n&#8217;en a point parl\u00e9. Quand un homme ou un livre lui imposent, elle n&#8217;en parle pas, cette brave Critique ! Si le livre que voici avait une origine suspecte, s&#8217;il avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par un homme oppos\u00e9 d&#8217;opinion ou de religion au comte de Maistre, dans le but d&#8217;abaisser sa gloire ou de la lui voler, ah ! C\u2019eut \u00e9t\u00e9 bien diff\u00e9rent. Mais le livre en question vient de la source la plus respectable et la plus pure.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">C&#8217;est le comte Rodolphe de Maistre, fils de l&#8217;illustre comte Joseph, qui a \u00e9dit\u00e9 lui-m\u00eame les <em>Quatre \u00a0chapitres in\u00e9dits sur la Russie<\/em>, et qui a bien fait d&#8217;ajouter encore cela \u00e0 la gloire paternelle. De ton, d&#8217;ailleurs, de calme, de p\u00e9n\u00e9tration, de hauteur de pens\u00e9e, ce livre, qu&#8217;on voudrait plus gros, est digne de la plume qui a \u00e9crit le livre du <em>Pape<\/em> et les <em>Soir\u00e9es de Saint-P\u00e9tersbourg<\/em>. Nulle phrase \u00e9quivoque, sentant son interpolation, ne vient rompre l\u2019unit\u00e9 de ce style correct et ferme, \u00e9tincelant de poli et de \u00a0solidit\u00e9 comme un marbre, ais\u00e9 enfin \u00e0 reconna\u00eetre parmi les styles immortels. Par la forme comme par le fond, cet \u00e9crit est donc bien, celui-l\u00e0 aussi, authentiquement et int\u00e9gralement\u00a0 l&#8217;oeuvre du comte de Maistre. Il n&#8217;y a plus ici de bruit \u00e0 faire. Il n&#8217;y a plus \u00e0 recommencer la com\u00e9die de <em>la Correspondance diplomatique et secr\u00e8te<\/em> du comte de Maistre, dont j&#8217;ai parl\u00e9 au d\u00e9but de ce chapitre, que M. Blanc (de Turin) avait \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 traduire. Non ! on a tout simplement \u00e0 reconna\u00eetre la sup\u00e9riorit\u00e9 de l&#8217;\u00e9crivain qui a \u00e9crit ces pages&#8230; ou \u00e0 s&#8217;en taire. Eh bien ! on s&#8217;en taira. Mais ce n&#8217;est pas nous !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Vous vous la rappelez, cette com\u00e9die? Vous n&#8217;avez point oubli\u00e9, n&#8217;est-ce pas ? cette correspondance, sortant tout \u00e0 coup du carton d&#8217;une chancellerie, et de laquelle il r\u00e9sultait que l&#8217;auteur du Pape se moquait du Pape, que le comte de Maistre, dont le nom s&#8217;est \u00e9lev\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la hauteur d&#8217;une doctrine, n&#8217;\u00e9tait plus de Maistre, et que la vie de ce grand honn\u00eate homme avait les contradictions et peut-\u00eatre les mensonges des petites gens de ce temps-ci. La <em>Correspondance diplomatique<\/em> n&#8217;\u00e9tait pas un conte. Elle avait des pages frappantes et charmantes, sign\u00e9es de leur talent m\u00eame, et qui disaient le nom de Joseph de Maistre sans le prononcer. Mais elle \u00e9tait bien pis qu&#8217;un conte! Elle \u00e9tait de la v\u00e9rit\u00e9 arrang\u00e9e ou d\u00e9rang\u00e9e, de la v\u00e9rit\u00e9 sournoisement ombr\u00e9e ou estomp\u00e9e d&#8217;invention. C&#8217;est le diable ! cela, et c&#8217;\u00e9tait ici le diable deux fois. Aussi, pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison, cette Correspondance dut ravir et ravit les ennemis de l&#8217;Eglise. Ils trouv\u00e8rent un si joli tour de lui prendre, ou du moins de lui l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9shonorer, la plus puissante de ses plumes la\u00efques, et ils s&#8217;y employ\u00e8rent, allez !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Des hommes intelligents eurent l&#8217;imb\u00e9cillit\u00e9 de pr\u00e9tendre qu&#8217;il y avait contradiction entre de Maistre, le th\u00e9oricien incomparable de l&#8217;infaillibilit\u00e9 du Pape, et de Maistre, l&#8217;homme politique qui, dans une lettre intime faite pour rester secr\u00e8te, bl\u00e2me la politique d&#8217;un pontife avec la hardiesse d&#8217;un grand seigneur et la plaisanterie d&#8217;un homme d&#8217;esprit qui n&#8217;est point p\u00e9dant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Ils ne s&#8217;aper\u00e7urent m\u00eame pas qu&#8217;il n&#8217;y avait que le catholique, et le catholique croyant \u00e0 l&#8217;infaillibilit\u00e9 papale, qui, seul, put se permettre sans danger ces fi\u00e8res libert\u00e9s de jugement sur la politique du pontife. Ils ne comprirent pas, enfin, que cet homme-l\u00e0 ne fut jamais plus l&#8217;homme du Pape que quand il dit du mal d&#8217;un certain Pape, et qu&#8217;il y a le mal qu&#8217;on dit de ceux qu&#8217;on aime et les morsures de l&#8217;amour ! Et voil\u00e0 comment eux, ces pantins \u00e0 qui tout est ficelle, accus\u00e8rent de duplicit\u00e9, de titubation et d&#8217;un pantinisme semblable au leur, un homme majestueux d&#8217;unit\u00e9 et de v\u00e9rit\u00e9 en toute chose, l&#8217;esprit le plus appuy\u00e9 sur la conscience la plus droite qui ait peut-\u00eatre jamais exist\u00e9 ! C&#8217;est cet homme que nous retrouvons, en ces <em>Quatre chapitres in\u00e9dits sur la Russie<\/em>, dans toute la puret\u00e9, la beaut\u00e9 et la douceur de son esprit ; car il faut en finir avec les vieilles vulgarit\u00e9s qui tra\u00eenent : \u2014 puisque l&#8217;on ne conteste plus que Joseph de Maistre soit un grand esprit chr\u00e9tien, il doit avoir la douceur, la douceur de la force chr\u00e9tienne dans la pens\u00e9e, et l&#8217;on dit une sottise quand on en fait un penseur dur et inflexible.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Je ne parle point de ses sentiments.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">D\u00e9j\u00e0 une premi\u00e8re <em>Correspondance<\/em>, non de diplomatie, mais de famille, avait bien \u00e9tonn\u00e9 les badauds en leur montrant que le fond du coeur, dans Joseph de Maistre, n&#8217;\u00e9tait pas enti\u00e8rement plein de sang de tigre. Je parle de son esprit m\u00eame, de cet esprit que les lettr\u00e9s superficiels, convertis \u00e0 sa tendresse de coeur par les d\u00e9licieuses choses qu&#8217;il a \u00e9crites, mais r\u00e9tifs et r\u00e9sistants \u00e0 la douceur de son g\u00e9nie, non moins r\u00e9elle que ta tendresse de son \u00e2me, continuent d&#8217;appeler un esprit absolu et dur parce qu&#8217;il ne croit pas que la v\u00e9rit\u00e9 se plie et se chiffonne comme une de nos loques mat\u00e9rielles; parce que, ne pouvant y rien changer et historien de la Providence, il proclame le dogme de l&#8217;Expiation, \u2014dont il n&#8217;est pas l&#8217;auteur plus que de cette mort par laquelle l&#8217;homme expie ses fautes !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Certes ! intellectuellement, Joseph de Maistre n&#8217;est pas plus cruel que le premier venu qui voit avec r\u00e9signation la n\u00e9cessit\u00e9 du sacrifice. Que ce sacrifice n\u00e9cessaire s&#8217;appelle la maladie, la guerre, le bourreau, c&#8217;est toujours la Mort, dont il dit simplement, et pas plus, qu&#8217;elle doit arriver et qu&#8217;elle arrive. Est-on donc cruel pour dire cela, ou l&#8217;est-on pour s&#8217;y r\u00e9signer ? Non ! l&#8217;esprit cruel entr\u00e9 dans une doctrine cruelle, comme il arrive toujours, \u2014 car nos doctrines sont faites par la nature de notre esprit, \u2014 c&#8217;est Calvin, le froid, le raide, l&#8217;\u00e9troit Calvin, mais ce n&#8217;est pas Joseph de Maistre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Lui, de Maistre, il a la chaleur, la souplesse, l&#8217;\u00e9tendue. Toutes choses exclusives de la cruaut\u00e9 ! Ce n&#8217;est pas Calvin qui e\u00fbt \u00e9crit cette phrase : \u00ab Il n&#8217;y a pas d&#8217;homme qu&#8217;on ne puisse gagner avec des opinions \u00a0<em>mesur\u00e9es.<\/em> \u00bb Et encore : \u00ab Les vertus <em>pouss\u00e9es \u00e0 l&#8217;exc\u00e8s<\/em>deviennent des d\u00e9fauts. \u00bb Et encore \u2014 (si Calvin avait eu le triste avantage de vivre apr\u00e8s la R\u00e9volution fran\u00e7aise) : \u00ab De quoi pourriez-vous vous plaindre ? Vous avez dit \u00e0 Dieu : \u00ab Sortez de nos lois, de nos institutions, de notre \u00e9ducation ! Nous ne voulons plus de vous. Qu&#8217;a-t-il fait ? Il s&#8217;est retir\u00e9, et il \u00a0vous a dit : \u00ab Faites ! \u00bb Il en est r\u00e9sult\u00e9 notamment l&#8217;aimable r\u00e8gne de Robespierre. Votre r\u00e9volution n&#8217;est qu&#8217;un grand sermon que la Providence a pr\u00each\u00e9 aux hommes. Il est en deux points : <em>Ce sont les abus qui font les r\u00e9volutions<\/em>. C&#8217;est le premier point, et il s&#8217;adresse aux souverains<em>. Mais les abus valent infiniment mieux que les r\u00e9volutions ;<\/em> et ce second point \u00ab <em>s&#8217;adresse aux peuples<\/em>. \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Enfin, Calvin n&#8217;eut pas \u00e9crit : \u00ab J&#8217;ai toujours observ\u00e9 \u00ab qu&#8217;on peut tout dire aux Fran\u00e7ais ; <em>la mani\u00e8re fait tout.<\/em> \u00bb Les esprits absolus et cruels se soucient bien de la mani\u00e8re\u00a0! Restent donc, au compte de ce tortionnaire innocent, quelques \u00e9pigrammes bien appliqu\u00e9es, pour sa d\u00e9fense personnelle, \u00e0 des hommes qui l&#8217;avaient, comme Condillac et Locke, f\u00e9rocement ennuy\u00e9, et ce <em>rictus \u00e9pouvantable<\/em> \u00e9tabli sur la bouche de Voltaire, mais qui, ma foi, n&#8217;en a pas beaucoup chang\u00e9 le sourire, et qui ne l&#8217;a pas, pour que l&#8217;on s&#8217;en plaigne, si prodigieusement d\u00e9figur\u00e9 !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">VII<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Voil\u00e0 pourtant \u00e0 quoi se bornent, en v\u00e9rit\u00e9, les cruaut\u00e9s du comte de Maistre, de cet esprit sublime et aimable dont les id\u00e9es et les sentiments s&#8217;accordaient comme les cordes de la lyre, qui avait le coeur de son esprit autant que les sentiments de son coeur. Cruel&#8230; Dans un temps o\u00f9 la L\u00e2chet\u00e9 d&#8217;esprit devenue sybarite, tremble devant son pli de rose, on semble \u00eatre cruel quand on a des principes nets et un style net qui les affirme. Ce qui brille si bien para\u00eet couper. Mais c&#8217;est une illusion de logique et de phrase, et Joseph de Maistre, qui a produit longtemps cette double illusion, en produit encore la moiti\u00e9. On en a fait un bourreau de sentiment et d&#8217;id\u00e9e, et si on avait pu, on en e\u00fbt fait un bourreau de m\u00e9tier, parce que, ni plus ni moins monstre que l&#8217;Histoire, ni plus ni moins monstre que toutes les soci\u00e9t\u00e9s connues, il a pos\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 lamentable, mais la n\u00e9cessit\u00e9 du bourreau.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Il est vrai que, depuis ses lettres \u00e0 sa fille, le bourreau de sentiment n&#8217;a plus \u00e9t\u00e9 visible. On a eu la bont\u00e9 d&#8217;en convenir. Mais le bourreau d&#8217;id\u00e9e tient toujours ; il est plus difficile \u00e0 d\u00e9crocher ! Or, pas plus que l&#8217;autre, il n&#8217;est r\u00e9el. Les bourreaux d&#8217;id\u00e9es sont des philosophes \u00e0 syst\u00e8mes. C&#8217;est le doux Emmanuel Kant, que Henri Heine appelait suavement un second Robespierre : c&#8217;est Fichte, qui abolissait le monde dans la volont\u00e9 ; c&#8217;est Hegel, qui l&#8217;abolit dans la logique. Mais Joseph de Maistre, dont la gloire est d&#8217;avoir laiss\u00e9 des aper\u00e7us sur tout et de n&#8217;avoir fait de th\u00e9orie sur rien, est un historien et non un philosophe.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Dans les <em>Quatre chapitres in\u00e9dits sur la Russie<\/em>, il appelle l&#8217;Histoire : \u00ab la v\u00e9rit\u00e9 exp\u00e9rimentale \u00bb, et, pour lui, il n&#8217;y a peut-\u00eatre pas d&#8217;autre v\u00e9rit\u00e9, car la R\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne conforme aux proph\u00e9ties est de l&#8217;Histoire encore. Le comte de Maistre est, avant tout, \u2014 avant d&#8217;\u00eatre un m\u00e9taphysicien involontaire, qui ne croit pas \u00e0 la m\u00e9taphysique et qui ne peut s&#8217;emp\u00eacher de faire de la m\u00e9taphysique, \u2014 un grand esprit pratique, ne perdant jamais terre, politique m\u00eame quand il l&#8217;\u00e9l\u00e8ve, la politique, \u00e0 sa g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 la plus vaste. Il est de la famille d&#8217;esprits dont \u00e9tait Machiavel. Seulement c&#8217;est un Machiavel sans ath\u00e9isme, sans r\u00e9publique et sans Borgia.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Il fut le Machiavel de la Religion, de la Royaut\u00e9 et de l&#8217;Honneur. Ses Discours sur Tite-Live, \u00e0 lui, furent les Consid\u00e9rations sur la France, et cette m\u00e9ditation \u00e9ternelle de la R\u00e9volution fran\u00e7aise \u00e0 laquelle il retombait toujours, de toutes les pentes de la m\u00e9taphysique, qu&#8217;il aimait \u00e0 monter appuy\u00e9 sur l&#8217;Histoire. Son <em>Trait\u00e9 du Prince<\/em>, on le trouve dans les lettres de la <em>Correspondance Diplomatique<\/em>, qu&#8217;il est impossible de ne pas croire de lui, \u00e0 leur style, quoique certains passages de ces lettres, \u00e0 leur style aussi, n&#8217;en soient pas. Comme Machiavel, il fut ambassadeur, et souffrit noblement de la pauvret\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Sans argent, dans la soci\u00e9t\u00e9 la plus fastueuse, il \u00e9crivait, avec la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qu&#8217;ont les grands coeurs dans la mis\u00e8re : \u00ab Qu&#8217;est-ce que le sentiment fait au prix des choses ? Vous me direz que j&#8217;ai l&#8217;espoir d&#8217;\u00eatre pay\u00e9 en Sardaigne, mais je suis en Russie, et qu&#8217;est-ce que ma femme peut acheter avec un espoir?&#8230;\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Mais ici s&#8217;arr\u00eatent les ressemblances. Les pervers s&#8217;entendent mieux que les honn\u00eates gens. Borgia \u00e9couta Machiavel, et Joseph de Maistre sentit ses conseils lui revenir sur le coeur, salive plus pesante que celle de l&#8217;homme qui crache en l&#8217;air et dont le crachat lui retombe sur la figure. La Correspondance diplomatique montre avec une gaiet\u00e9 am\u00e8re la b\u00eatise profonde de ces rois, t\u00eatus et mous, qui se perdent pour ne pas croire leurs serviteurs ou pour les craindre. Vu \u00e0 cette lumi\u00e8re, Louis XIII, qui garda Richelieu, para\u00eet grand.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">VIII<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Les <em>Quatre chapitres in\u00e9dits sur la Russie<\/em> se rattachent justement \u00e0 cet ordre d&#8217;id\u00e9es et de conseils pour lesquels, conseiller d&#8217;Etat de g\u00e9nie, le comte de Maistre \u00e9tait plus fait, selon nous, que pour les autres choses qu&#8217;il a su pourtant si brillamment faire. Quoique, par le titre qu&#8217;ils portent, les Quatre chapitres puissent donner \u00e0 penser que l&#8217;auteur avait eu l&#8217;intention d&#8217;\u00e9crire une histoire de cette Russie dans laquelle il avait v\u00e9cu et qu&#8217;il connaissait bien, ce ne sont pourtant que des lettres confidentielles \u00e0 un haut fonctionnaire russe, sur des questions qui importaient alors \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la force de l&#8217;Empire. Peut-\u00eatre celui qui demanda au comte de Maistre ce travail avait-il l&#8217;intention de le mettre sous les yeux de l&#8217;Empereur, mais l&#8217;\u00e9diteur ne nous a point dit s&#8217;il y fut mis. Les rois n&#8217;ont pas toujours besoin d&#8217;\u00eatre \u00e9perdus pour demander l&#8217;aum\u00f4ne d&#8217;un conseil \u00e0 un homme de g\u00e9nie. Ils n&#8217;ont souvent besoin que d&#8217;\u00eatre embarrass\u00e9s comme les simples mortels.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Seulement, la couronne que ces B\u00e9lisaires de l&#8217;embarras tiennent \u00e0 la main n&#8217;est pas faite pour retenir le don du g\u00e9nie. Il passe \u00e0 travers et tombe par terre. Le comte de Maistre, qui avait senti l&#8217;angoisse de cela avec son ma\u00eetre, \u2014 comme Mirabeau avec le sien, \u2014 avec l&#8217;Empereur de Russie aurait-il \u00e9t\u00e9 plus heureux ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">C&#8217;est une question que le temps ne peut plus r\u00e9soudre. Nous sommes loin de 1810, et plus loin encore des id\u00e9es que le comte de Maistre exprimait alors. D\u00e9j\u00e0, d\u00e8s cette \u00e9poque, l&#8217;id\u00e9e de l&#8217;\u00e9mancipation commen\u00e7ait \u00e0 sourdre dans la t\u00eate d&#8217;Alexandre, ce jeune Louis XVI russe, \u00e0 la beaut\u00e9 de Louis XIV, et dont le peuple, plus docile et plus facile \u00e0 mener que celui de Louis XIV, l&#8217;e\u00fbt sauv\u00e9 de la ressemblance de destin\u00e9e avec l&#8217;autre \u00e9mancipateur s&#8217;il avait pouss\u00e9 un peu plus loin ses vell\u00e9it\u00e9s g\u00e9n\u00e9reuses. Aujourd&#8217;hui, ces vell\u00e9it\u00e9s sont devenues dans le gouvernement de Saint-P\u00e9tersbourg, des volont\u00e9s arr\u00eat\u00e9es et traduites en faits positifs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">L&#8217;\u00e9mancipation, \u00e0 laquelle s&#8217;opposait le comte de Maistre, a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e, et il est curieux de \u00a0conna\u00eetre sur quels faits produits par un esprit de cet ordre le gouvernement russe a pass\u00e9. C&#8217;est l\u00e0 l&#8217;int\u00e9r\u00eat anim\u00e9 des Quatre chapitres qu&#8217;on a publi\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">On a march\u00e9, depuis les lettres que voici, et l&#8217;avenir tr\u00e8s prochain qu&#8217;on touche, dira vers quoi on a \u00a0march\u00e9. Mais c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment sur la question trait\u00e9e par Joseph de Maistre en ces quelques pages \u00a0qu&#8217;on pourra juger de l&#8217;esprit absolu \u00a0de cet absolutiste tout d&#8217;une pi\u00e8ce, que nous maintenons, nous, malgr\u00e9 sa renomm\u00e9e, l&#8217;esprit le plus large, le plus prudent, le plus flexible et, quand il s&#8217;agit de manier les choses et les hommes, le plus doux, \u2014 ce n&#8217;est pas assez dire! Mais chirurgicalement le plus doux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">IX<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">En effet, dans ces quelques pages qui n&#8217;omettent rien en leur bri\u00e8vet\u00e9 pleine, Joseph de Maistre commence, il est vrai, par s&#8217;opposer \u00e0 l&#8217;\u00e9mancipation en principe, mais il ne r\u00e9pugne pas \u00e0 la pr\u00e9parer, historien que le m\u00e9taphysicien n&#8217;infirme jamais : \u00ab Quand on lit l&#8217;Histoire, il faut savoir la lire, dit-il quelque part ; et l&#8217;Histoire, dont il parcourt les annales avec les trois pas hom\u00e9riques de Bossuet, \u00ab montre \u00bb (ajoute t-il), \u00ab avec la derni\u00e8re \u00e9vidence, que le genre humain n&#8217;est susceptible de libert\u00e9 qu&#8217;\u00e0 mesure qu&#8217;il est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 et conduit par le Christianisme. Partout o\u00f9 r\u00e8gne une autre religion (ajoute-t-il encore), l&#8217;esclavage est de droit, et partout o\u00f9 cette religion s&#8217;affaiblit, le peuple devient en proportion pr\u00e9cise moins \u00ab susceptible de libert\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Quand Joseph de Maistre \u00e9crivait ces choses, les preuves \u00e0 l&#8217;appui, dans ce monde de 1810, ne manquaient pas. Napol\u00e9on \u00e9tait un exemple sublime de la v\u00e9rit\u00e9 politique que le comte de Maistre promulguait et qui le conduisait \u00e0 cette autre, particuli\u00e8re \u00e0 la Russie : \u00ab <em>L&#8217;esclavage est en Russie parce qu&#8217;il y est a n\u00e9cessaire, et que l&#8217;Empereur ne peut r\u00e9gner sans \u00ab l&#8217;esclavage<\/em>. \u00bb Et jusque-l\u00e0, voil\u00e0 \u00e0 ce qu&#8217;il semble, le Joseph de Maistre de sa r\u00e9putation, le tyran d&#8217;abstraction et d&#8217;id\u00e9e, qui sacre de ses axiomes la tyrannie politique. Mais patience ! ce n&#8217;est que la moiti\u00e9 du vrai de Maistre, et qui ne le conna\u00eet que par ce c\u00f4t\u00e9 seul des principes ne le conna\u00eet pas !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">M\u00eame en les exprimant, du reste, notez bien que ces principes ne sont jamais, pour ce solide esprit, appel\u00e9 paradoxal par les esprits fragiles, que des conclusions historiques, des emp\u00eachements do circonstances et de nature des choses, dans le d\u00e9tail desquels, en ces lettres sur la Russie, il court et passe comme la lumi\u00e8re, avec une rapide splendeur. Nous n&#8217;avons point \u00e0 r\u00e9sumer ce qui n&#8217;est d\u00e9j\u00e0 qu&#8217;un magnifique r\u00e9sum\u00e9 dans ces lettres, qu&#8217;il faut aller prendre o\u00f9 il est. Nous voulons seulement prouver que le comte de Maistre n&#8217;est pas plus un utopiste en arri\u00e8re qu&#8217;il n&#8217;est un utopiste en avant, et que sa rigueur politique, dont on a tant parl\u00e9, et dont tant de gens parlent encore, n&#8217;est pas plus inflexible que celle de Dieu et de l&#8217;Histoire, des mains desquels il prend pieusement tous les faits, sans leur demander rien de plus que ce que l&#8217;ordre de la Providence et la conduite de l\u2019homme y ont mis ou en ont \u00f4t\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Et, en effet, \u00e9coutez-le, cet homme du fait et de l&#8217;exp\u00e9rience, calomni\u00e9 jusque dans son esprit : \u00ab <em>Si l&#8217;affranchissement<\/em> \u00bb \u2014 (dit-il en finissant un examen hostile \u00e0 cet affranchissement pour des raisons d&#8217;Etat,) \u2014 si l&#8217;affranchissement <em>doit avoir lieu en Russie, il s&#8217;op\u00e9rera par ce qu&#8217;on appelle la nature. Des circonstances tout \u00e0 fait impr\u00e9vues le feront d\u00e9sirer de part et d&#8217;autre, et il s&#8217;ex\u00e9cutera sans bruit et sans malheur (toutes les grandes choses se font ainsi). Que le souverain favorise alors ce mouvement naturel, ce sera son droit et son devoir, mais Dieu nous garde qu&#8217;il l&#8217;excite lui-m\u00eame<\/em> ! \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Ces circonstances impr\u00e9vues dont parle de Maistre se sont-elles produites en Russie ? C&#8217;est l\u00e0 une question qui, pour le moment, ne nous regarde pas. C&#8217;est l&#8217;affaire de la Russie. La n\u00f4tre \u00e9tait de montrer par ces paroles que le cassant et imp\u00e9rieux comte de Maistre pr\u00e9voyait sans horreur, et m\u00eame sans \u00e9tonnement, de telles circonstances, et qu&#8217;il donnait m\u00eame au gouvernement, que dans son livre il arme contre elles, le conseil de leur ob\u00e9ir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">X<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Eh bien ! n&#8217;est-ce pas l\u00e0 la grosse opinion publique soufflet\u00e9e sur ses joues rebondies, et r\u00e9duite \u00e0 souffler d&#8217;\u00e9tonnement ? J. de Maistre c\u00e9dant au temps comme Talleyrand lui-m\u00eame, mais pour des raisons que n&#8217;avait pas Talleyrand, dans cette t\u00eate o\u00f9 l&#8217;ath\u00e9isme en toute chose avait fait un vide silencieux ; de Maistre se pliant \u00e0 la circonstance au lieu de se faire mis\u00e9rablement briser par elle, ce qui serait le suicide politique, aussi criminel que l&#8217;autre aux yeux de Dieu !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Est-ce bien l\u00e0 l&#8217;aveugle figure de bronze ou de marbre qu&#8217;on a donn\u00e9e \u00e0 Joseph de Maistre ?&#8230; Oui ! mais c&#8217;est, apr\u00e8s tout, le bronze et la pierre dans lesquels la haine et la sottise l&#8217;avaient mur\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">La <em>Correspondance <\/em>du p\u00e8re de famille avec sa femme et ses enfants avait fait de ce bronze un homme. On avait d\u00e9couvert, au sein du caillou, des entrailles. Les quelques pages sur la Russie, rapproch\u00e9es de plusieurs autres pages de la Correspondance diplomatique, vont faire de cette t\u00eate de bronze un esprit immortellement vivant, qui ne s&#8217;est pas mis lui-m\u00eame en dehors du mouvement de l&#8217;Histoire dans ces t\u00e9n\u00e8bres de l&#8217;abstraction qui sont parfois \u00e9blouissantes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#008000;\">Voil\u00e0, ind\u00e9pendamment de leur m\u00e9rite de d\u00e9tail et d&#8217;ensemble, l&#8217;avantage de cette publication des <em>Quatre chapitres sur la Russie<\/em>. Ils ont refait une gloire \u00e0 de Maistre en pr\u00e9cisant celle qu&#8217;on lui doit, en emp\u00eachant la vermine des id\u00e9es communes de ronger les belles et pures lignes de cette noble et lumineuse figure. Et quand il n&#8217;y aurait eu que cela dans cette publication d&#8217;un fils qui tient \u00e0 l&#8217;honneur int\u00e9gral de son p\u00e8re, ce serait assez pour, de tout notre coeur, y applaudir !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#0000ff;\">http:\/\/rhonan-de-bar.over-blog.com\/2018\/02\/joseph-de-maistre-par-jules-barbey-d-aurevilly.html?utm_source=_ob_email&amp;utm_medium=_ob_notification&amp;utm_campaign=_ob_pushmail<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 le 3 F\u00e9vrier 2018 par Rhonan de Bar Publi\u00e9 dans : #EN FAVEUR DE LA MONARCHIE JOSEPH DE MAISTRE PAR JULES BARBEY D&#8217;AUREVILLY JOSEPH DE MAISTRE [1] par Jules&#8230; <a href=\"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/2018\/02\/06\/le-providentialiste-joseph-de-maistre-vu-par-jules-barbey-daurevilly\/\">Cliquez pour lire davantage &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12,29],"tags":[7343,9582,12810,12968,17082,22502,24008,27501],"class_list":["post-17658","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blogs-et-sites-providentialistes","category-uncategorized","tag-fragments-sur-la-russie","tag-http-rhonan-de-bar-over-blog-com","tag-joseph-de-maistre","tag-jules-barbey-daurevilly","tag-napoleon","tag-rhonan-de-bar","tag-russie","tag-talleyrand"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17658","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17658"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17658\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17658"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17658"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17658"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}