{"id":23722,"date":"2019-08-10T09:00:16","date_gmt":"2019-08-10T07:00:16","guid":{"rendered":"https:\/\/chartedefontevraultprovidentialisme.wordpress.com\/?p=23722"},"modified":"2019-08-10T09:00:16","modified_gmt":"2019-08-10T07:00:16","slug":"110-aout-1792-temoignage-de-pauline-de-tourzel-sur-la-prise-des-tuileries-et-les-evenements-qui-suivirent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/2019\/08\/10\/110-aout-1792-temoignage-de-pauline-de-tourzel-sur-la-prise-des-tuileries-et-les-evenements-qui-suivirent\/","title":{"rendered":"10 ao\u00fbt 1792. T\u00e9moignage de Pauline de Tourzel sur la prise des Tuileries et les \u00e9v\u00e8nements qui suivirent."},"content":{"rendered":"<div id=\"header\">\n<h1><a href=\"http:\/\/leblogdumesnil.unblog.fr\">Le blogue du Ma\u00eetre-Chat Lully. <\/a><span style=\"color:#800080;\">Chroniques et points de vue du Mesnil-Marie<\/span><\/h1>\n<\/div>\n<div id=\"ariane\" class=\"\"><\/div>\n<div id=\"s-content\">\n<div class=\"post\">\n<h2 id=\"post-1540\" class=\"storytitle\"><span style=\"color:#990000;\"><i><span class=\"Apple-style-span\">\u00a0\u00a0\u00a0 Le retour de la date du 10 ao\u00fbt *ravive chaque ann\u00e9e le triste souvenir de la <b>prise des Tuileries<\/b>, de l\u2019emprisonnement du Roy et du massacre de ses d\u00e9vou\u00e9s d\u00e9fenseurs, en 1792.<\/span><\/i><\/span><br \/>\n<i><\/i><\/h2>\n<p>* <span style=\"color:#0000ff;\"><a style=\"color:#0000ff;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Journ\u00e9e_du_10_ao\u00fbt_1792\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Journ\u00e9e_du_10_ao\u00fbt_1792 \u00a0 <\/a><\/span><\/p>\n<p>*<span style=\"color:#0000ff;\"> https:\/\/www.herodote.net\/10_ao_t_1792-evenement-17920810.php<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color:#0000ff;\"><a style=\"color:#0000ff;\" href=\"https:\/\/www.lhistoire.fr\/\u00e9ph\u00e9m\u00e9ride\/10-ao\u00fbt-1792-prise-des-tuileries\">* https:\/\/www.lhistoire.fr\/\u00e9ph\u00e9m\u00e9ride\/10-ao\u00fbt-1792-prise-des-tuileries<\/a><\/span><\/p>\n<div class=\"storycontent\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#990000;\"><i><span class=\"Apple-style-span\">\u00a0\u00a0\u00a0 Voici un t\u00e9moignage de tout premier ordre sur ces \u00e9v\u00e8nements et sur les semaines qui suivirent, inaugurant la \u00ab grande terreur \u00bb : il s\u2019agit de la lettre \u00e9crite par <b>Pauline de Tourzel<\/b>, apr\u00e8s \u00eatre sortie de\u00a0 prison et avoir \u00e9chapp\u00e9 aux massacres des 2 et 3 septembre 1792.<br \/>\nPauline de Tourzel, fille de la derni\u00e8re gouvernante des Enfants de France, \u00e9tait \u00e2g\u00e9e de 21 ans au moment des \u00e9v\u00e8nements qu\u2019elle raconte ici \u00e0 sa soeur, la Comtesse de Sainte-Aldegonde, alors \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/span><\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><a class=\"imagelink\" title=\"La prise des Tuileries par la populace le 10 ao\u00fbt 1792\" href=\"http:\/\/leblogdumesnil.unblog.fr\/2011\/08\/08\/files\/2011\/08\/prisedestuileries10aot92.jpg\" rel=\"lightbox[1540]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"http:\/\/leblogdumesnil.unblog.fr\/2011\/08\/08\/files\/2011\/08\/prisedestuileries10aot92.jpg\" alt=\"La prise des Tuileries par la populace le 10 ao\u00fbt 1792\" width=\"479\" height=\"314\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"color:#009900;font-size:xx-small;\"><i><b>Prise des Tuileries le 10 ao\u00fbt 1792. <\/b><\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"right\"><span style=\"color:#660066;\">Paris, le 7 septembre 1792.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Tout ce que j\u2019ai pu vous dire hier, ma ch\u00e8re Jos\u00e9phine, c\u2019est que ma m\u00e8re et moi \u00e9tions hors de p\u00e9ril ; mais je veux vous raconter aujourd\u2019hui comment nous avons \u00e9chapp\u00e9 aux plus affreux dangers ; une mort certaine m\u2019en paraissait le moindre, tant la crainte des horribles circonstances dont elle pouvait \u00eatre accompagn\u00e9e ajoutait \u00e0 mes frayeurs.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Je reprendrai l\u2019histoire d\u2019un peu loin, c\u2019est-\u00e0-dire du moment o\u00f9 la prison a mis fin \u00e0 notre correspondance.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Vous savez que le 10 ao\u00fbt, ma M\u00e8re avec Monsieur le Dauphin accompagna le Roi \u00e0 la convention ; moi rest\u00e9e seule aux Tuileries, dans l\u2019appartement du Roi, je m\u2019attachai \u00e0 ne pas quitter la Princesse de Tarente, parce que ma M\u00e8re m\u2019avait recommand\u00e9e \u00e0 ses soins, et nous nous prom\u00eemes, quels que fussent les \u00e9v\u00e9nements, de ne pas nous s\u00e9parer.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Bient\u00f4t apr\u00e8s le d\u00e9part du Roi, commen\u00e7a une canonnade dirig\u00e9e contre le ch\u00e2teau ; nous entend\u00eemes siffler les balles d\u2019une mani\u00e8re effrayante ; les carreaux cass\u00e9s et les fen\u00eatres bris\u00e9es faisaient un vacarme effroyable. Pour nous mettre un peu \u00e0 l\u2019abri et n\u2019\u00eatre point du c\u00f4t\u00e9 d\u2019o\u00f9 l\u2019on tirait le canon, nous nous retir\u00e2mes dans l\u2019appartement de la Reine au rez-de-chauss\u00e9e sur le jardin. L\u00e0, il nous vint \u00e0 l\u2019id\u00e9e de fermer les volets et d\u2019allumer toutes les bougies des lustres et des cand\u00e9labres, esp\u00e9rant, si les brigands devaient forcer notre porte, que l\u2019\u00e9tonnement que leur causeraient tant de lumi\u00e8res nous sauverait de leurs premiers coups et nous laisserait le temps de leur parler. A peine nos arrangements \u00e9taient-ils finis, que nous entend\u00eemes dans les chambres pr\u00e9c\u00e9dentes des cris affreux et un cliquetis d\u2019armes qui ne nous annon\u00e7a que trop que le ch\u00e2teau \u00e9tait forc\u00e9, et qu\u2019il fallait nous armer de courage. Ce fut l\u2019affaire d\u2019un moment ; les portes furent enfonc\u00e9es, et des hommes le sabre \u00e0 la main, les yeux hors de la t\u00eate, se pr\u00e9cipit\u00e8rent dans le salon ; ils s\u2019arr\u00eat\u00e8rent \u00e0 l\u2019instant comme stup\u00e9faits ; une douzaine de femmes dans cette chambre! (car nous \u00e9tions r\u00e9unies avec plusieurs Dames de la Reine, de Madame \u00c9lisabeth et de Mme de Lamballe). Ces lumi\u00e8res r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans les glaces faisaient un tel contraste avec la clart\u00e9 du jour, que les brigands en furent confondus.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Plusieurs des Dames qui \u00e9taient dans la chambre se trouv\u00e8rent mal. Mme de Ginestoux se jeta \u00e0 genoux et avait tellement perdu la t\u00eate, qu\u2019elle balbutiait des mots de pardon. Nous all\u00e2mes \u00e0 elle, la f\u00eemes taire, et pendant que je la rassurais, cette bonne Mme de Tarente priait un Marseillais de prendre sous sa protection cette Dame \u00e0 cause de la faiblesse de sa t\u00eate. Cet homme y consentit et la tira aussit\u00f4t de la chambre ; puis, tout \u00e0 coup revenant \u00e0 celle qui lui avait parl\u00e9 pour une autre, et frapp\u00e9 d\u2019une telle g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dans cette circonstance, il dit \u00e0 Mme de Tarente : <em>Je sauverai cette Dame et vous aussi et votre petite compagne aussi.<\/em> En effet, il remit Mme de Ginestoux entre les mains d\u2019un de ses camarades ; puis il prit Mme de Tarente et moi chacune sous un bras, et nous tira hors de l\u2019appartement.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">En sortant du salon, il nous fallut passer sur le corps d\u2019un valet de pied de la Reine, et d\u2019un de ses valets de chambre, qui tous deux fid\u00e8les \u00e0 leur poste, et n\u2019ayant pas voulu abandonner l\u2019appartement de leur ma\u00eetresse, en avaient \u00e9t\u00e9 les victimes. Cette vue me serra le c\u0153ur : la Princesse de Tarente et moi nous nous regard\u00e2mes, pensant que peut-\u00eatre bient\u00f4t nous aurions le m\u00eame sort. Enfin, apr\u00e8s beaucoup de peine, cet homme qui nous donnait le bras parvint \u00e0 nous faire sortir du ch\u00e2teau par une petite porte aupr\u00e8s des souterrains. Nous nous trouv\u00e2mes sur la terrasse, puis \u00e0 la porte du pont Royal. L\u00e0, notre protecteur nous quitta, ayant, disait-il, rempli son engagement de nous conduire s\u00fbrement hors des Tuileries.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Je pris alors le bras de Mme de Tarente, qui, croyant se soustraire aux regards de la multitude, voulut, pour retourner chez elle, descendre sur le bord de la rivi\u00e8re. Nous marchions doucement et sans prof\u00e9rer une parole, lorsque nous entend\u00eemes des cris affreux derri\u00e8re nous. En nous retournant, nous aper\u00e7\u00fbmes une foule de brigands qui couraient sur nous le sabre \u00e0 la main ; \u00e0 l\u2019instant il en parut autant devant nous et sur le quai par dessus le parapet ; d\u2019autres nous tenaient en joue, criant que nous \u00e9tions des \u00e9chapp\u00e9es des Tuileries.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Pour la premi\u00e8re fois de ma vie j\u2019eus peur ; cette mani\u00e8re d\u2019\u00eatre massacr\u00e9 me paraissait affreuse. Mme de Tarente parla \u00e0 la multitude, et obtint que sous escorte nous serions conduites au district.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Il fallut traverser toute la place Louis XV au milieu des morts ; car beaucoup des Suisses y avaient \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s. Nous \u00e9tions suivies d\u2019un peuple immense qui nous disait toutes les injures possibles.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Nous f\u00fbmes men\u00e9es rue des Capucines, et l\u00e0 nous nous f\u00eemes conna\u00eetre : la personne \u00e0 qui nous parl\u00e2mes \u00e9tait un honn\u00eate homme ; il jugea promptement combien \u00e9tait p\u00e9nible la position dans laquelle nous nous trouvions ; il donna un re\u00e7u de nos personnes ; il dit tr\u00e8s haut que nous allions \u00eatre conduites en prison, et cong\u00e9dia ainsi ceux qui nous avaient amen\u00e9es. Se trouvant seul avec nous, il nous assura de son int\u00e9r\u00eat, en nous promettant qu\u2019\u00e0 la chute du jour il nous ferait reconduire chez nous. En effet, sur les huit heures et demie du soir, il nous donna deux personnes s\u00fbres pour nous conduire, et nous fit passer par une porte de derri\u00e8re, pour \u00e9viter les espions qui entouraient sa maison. Nous arriv\u00e2mes chez la Duchesse de La Valli\u00e8re, grand\u2019m\u00e8re de Mme de Tarente, et chez laquelle elle logeait. Je demandai \u00e0 cette bonne Princesse de Tarente de ne la pas quitter pendant la nuit, et je me couchai sur un canap\u00e9 dans sa chambre.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">A cinq heures du matin, pendant que nous causions ensemble de tout ce qui nous \u00e9tait arriv\u00e9, nous entend\u00eemes frapper \u00e0 la porte : c\u2019\u00e9tait mon fr\u00e8re qui, ayant pass\u00e9 la nuit aux Feuillants, pr\u00e8s du Roi, venait nous en donner des nouvelles, et me dire que la Reine avait demand\u00e9 \u00e0 ma M\u00e8re que je vinsse la rejoindre ; que le Roi en avait demand\u00e9 la permission \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, qui l\u2019avait accord\u00e9e ; que dans une heure il viendrait me chercher pour me conduire aux Feuillants <span style=\"color:#0000ff;\"><a style=\"color:#0000ff;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Couvent_des_Feuillants\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Couvent_des_Feuillants<\/a><\/span>. Cette nouvelle me fit un sensible plaisir ; j\u2019\u00e9tais heureuse de me retrouver avec ma M\u00e8re et d\u2019unir mon sort au sien et \u00e0 celui de la famille royale.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">A huit heures du matin j\u2019arrivai aux Feuillants ; je ne puis assez vous dire quelle fut la bont\u00e9 du Roi et de la Reine quand ils me virent ; ils me firent bien des questions sur les personnes dont je pouvais leur donner des nouvelles. Madame et Monsieur le Dauphin me re\u00e7urent avec une amiti\u00e9 touchante, m\u2019embrass\u00e8rent et me dirent que nous ne nous s\u00e9parerions plus.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Une demi-heure avant le d\u00e9part pour le Temple, Madame \u00c9lisabeth m\u2019appela, m\u2019emmena avec elle dans un cabinet et me dit : ma ch\u00e8re Pauline, nous connaissons votre discr\u00e9tion et votre attachement pour nous. J\u2019ai une lettre de la plus grande importance dont je voudrais me d\u00e9barrasser avant de partir d\u2019ici ; aidez-moi \u00e0 la faire dispara\u00eetre. Il n\u2019y avait ni feu ni lumi\u00e8re ; nous pr\u00eemes cette lettre de huit pages ; nous en d\u00e9chir\u00e2mes quelques morceaux que nous essay\u00e2mes de broyer entre nos doigts et sous nos pieds ; mais comme cela devenait trop long, et qu\u2019elle craignait que son absence ne donn\u00e2t quelques soup\u00e7ons, je pris une page enti\u00e8re de la lettre ; je la mis dans ma bouche et je l\u2019avalai. Cette bonne Madame \u00c9lisabeth voulait en faire autant, mais son c\u0153ur se soulevait ; je m\u2019en aper\u00e7us et lui demandai les deux autres pages que j\u2019avalai encore, de mani\u00e8re qu\u2019il n\u2019en resta plus de vestiges. Nous rentr\u00e2mes, et l\u2019heure du d\u00e9part pour le Temple \u00e9tant arriv\u00e9e, la famille royale monta dans une voiture \u00e0 dix places compos\u00e9e de la mani\u00e8re suivante :<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Le Roi, la Reine, et Monsieur le Dauphin dans le fond ; Madame \u00c9lisabeth, Madame, et Manuel, procureur de la commune <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre-Louis_Manuels\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre-Louis_Manuel s<\/a>ur le devant ; la Princesse de Lamballe et ma m\u00e8re sur une banquette de porti\u00e8re ; et moi, avec un nomm\u00e9 Collonge, membre de la commune, sur la banquette vis-\u00e0-vis. La voiture allait au plus petit pas : on traversa la place Vend\u00f4me ; la voiture s\u2019arr\u00eata, et Manuel, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre-Louis_Manuel\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre-Louis_Manuel<\/a><\/span><span style=\"color:#008000;\">faisant remarquer la statue de Louis XIV qui venait d\u2019\u00eatre renvers\u00e9e, dit au Roi : \u00ab<em>Vous voyez comme le peuple traite les Rois\u00bb.<\/em> A quoi le Roi devint rouge d\u2019indignation, mais se mod\u00e9rant \u00e0 l\u2019instant, S.M. r\u00e9pondit avec un calme ang\u00e9lique : \u2014 \u00ab<em>Il est heureux, Monsieur, quand sa rage ne porte que sur des objets inanim\u00e9s\u00bb<\/em>. Le plus profond silence suivit et r\u00e9gna tout le reste du chemin. On prit les boulevards ; et le jour commen\u00e7ait \u00e0 tomber lorsqu\u2019on arriva au Temple.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">La cour, la maison, le jardin \u00e9taient illumin\u00e9s ; et cela avait un air de f\u00eate qui contrastait terriblement avec la position de la famille royale. Le Roi, la Reine et nous autres de leur suite, nous entr\u00e2mes dans un fort beau salon ; on y resta plus d\u2019une heure sans pouvoir obtenir de r\u00e9ponse aux questions que l\u2019on faisait pour savoir o\u00f9 \u00e9taient les appartements. Monsieur le Dauphin tombait de sommeil et demandait \u00e0 se coucher. On servit un grand souper auquel on toucha peu. Ma m\u00e8re pressant vivement pour savoir o\u00f9 \u00e9tait la chambre destin\u00e9e \u00e0 Monsieur le Dauphin, on annon\u00e7a enfin qu\u2019on allait l\u2019y conduire.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">On alluma des torches, on fit traverser la cour, puis un souterrain ; enfin on arriva \u00e0 la tour, o\u00f9 nous entr\u00e2mes par une petite porte qui ressemblait fort \u00e0 un guichet de prison.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">La Reine et Madame furent \u00e9tablies dans la m\u00eame chambre, qui \u00e9tait s\u00e9par\u00e9e de celle de Monsieur le Dauphin et de celle de ma M\u00e8re par une petite antichambre dans laquelle couchait la Princesse de Lamballe. Le Roi fut log\u00e9 au second, et Madame Elisabeth, pour laquelle il n\u2019y avait plus de chambre, fut \u00e9tablie pr\u00e8s de celle du Roi, dans une cuisine d\u2019une salet\u00e9 \u00e9pouvantable ; cette bonne Princesse dit \u00e0 ma m\u00e8re qu\u2019elle se chargeait de moi. Effectivement elle fit mettre un lit de sangle aupr\u00e8s du sien, et nous pass\u00e2mes la nuit sans dormir, la chambre dans laquelle donnait cette cuisine servant de corps-de-garde.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Le lendemain \u00e0 huit heures nous descend\u00eemes chez la Reine, qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 lev\u00e9e et dont la chambre devait servir de salon ; depuis on y passa les journ\u00e9es enti\u00e8res et on ne remontait au second que pour se coucher. L\u2019on n\u2019\u00e9tait jamais seul dans cette chambre de la Reine : toujours un municipal \u00e9tait pr\u00e9sent ; \u00e0 toutes les heures il \u00e9tait chang\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Tous nos effets avaient \u00e9t\u00e9 pill\u00e9s dans notre appartement des Tuileries. Je ne poss\u00e9dais absolument que la robe que j\u2019avais sur le corps lors de ma sortie du ch\u00e2teau. Madame Elisabeth, \u00e0 qui l\u2019on venait d\u2019envoyer quelques effets, me donna une de ses robes ; elle ne pouvait aller \u00e0 ma taille ; nous nous occup\u00e2mes de la d\u00e9coudre pour la refaire ; tous les jours, la Reine, Madame, Madame \u00c9lisabeth y travaillaient un peu ; c\u2019\u00e9tait notre occupation. Mais nous ne p\u00fbmes la finir.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">La nuit du 19 au 20 d\u2019ao\u00fbt, il \u00e9tait environ minuit, lorsque nous entend\u00eemes frapper \u00e0 travers la porte de notre chambre : on nous intima, de la part de la commune de Paris, l\u2019ordre d\u2019enlever du Temple la Princesse de Lamballe, ma M\u00e8re et moi.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Madame Elisabeth se leva sur-le-champ ; elle-m\u00eame m\u2019aida \u00e0 m\u2019habiller, m\u2019embrassa et me conduisit chez la Reine. Nous trouv\u00e2mes tout le monde sur pied : la s\u00e9paration d\u2019avec la famille royale fut une peine cruelle ; et quoique on nous assur\u00e2t que nous reviendrions apr\u00e8s avoir subi un interrogatoire, un sentiment secret nous disait que nous la quittions pour longtemps.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Nous travers\u00e2mes les souterrains aux flambeaux ; \u00e0 la porte du Temple nous mont\u00e2mes en fiacre et on nous conduisit \u00e0 l\u2019H\u00f4tel-de-Ville. On nous \u00e9tablit dans une grande salle ; et de peur que nous pussions causer ensemble, un municipal \u00e9tait assis entre chacune de nous et nous s\u00e9parait. Nous rest\u00e2mes ainsi sur des banquettes pendant plus de deux heures ; enfin, vers les trois heures du matin, on vint appeler la Princesse de Lamballe pour l\u2019interroger ; ce fut l\u2019affaire d\u2019un quart d\u2019heure apr\u00e8s lequel on appela ma M\u00e8re ; je voulus la suivre, on s\u2019y opposa, disant que j\u2019aurais mon tour ; ma M\u00e8re, en arrivant dans la salle d\u2019interrogation qui \u00e9tait publique, demanda que je fusse ramen\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019elle, mais on la refusa tr\u00e8s rudement, lui disant que je ne courais aucun danger \u00e9tant sous la sauvegarde du peuple. On vint enfin me chercher et on me conduisit \u00e0 la salle d\u2019interrogatoire. L\u00e0, mont\u00e9 sur une estrade, on \u00e9tait en pr\u00e9sence d\u2019une foule immense de peuple qui remplissait la salle ; il y avait aussi des tribunes remplies d\u2019hommes et de femmes. Billaud de Varennes debout faisait les questions, et un secr\u00e9taire \u00e9crivait les r\u00e9ponses sur un grand registre. On me demanda mon nom, mon \u00e2ge, et on me questionna beaucoup sur la journ\u00e9e du 10 ao\u00fbt, me disant de d\u00e9clarer que j\u2019avais vu et que j\u2019avais entendu dire au Roi et \u00e0 la famille royale. Ils ne surent que ce que je voulus bien ; car je n\u2019avais nullement peur ; je me trouvais comme soutenue par une main invisible qui ne m\u2019a jamais abandonn\u00e9e et m\u2019a toujours fait conserver ma t\u00eate avec beaucoup de sang-froid.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Je demandai tr\u00e8s haut d\u2019\u00eatre r\u00e9unie \u00e0 ma M\u00e8re et de ne la pas quitter. Plusieurs voix s\u2019\u00e9lev\u00e8rent pour dire oui, oui, d\u2019autres murmur\u00e8rent, mais on me fit descendre les marches du gradin sur lequel on \u00e9tait \u00e9lev\u00e9, et apr\u00e8s avoir travers\u00e9 plusieurs corridors, je me vis ramener \u00e0 ma M\u00e8re, que je trouvai bien inqui\u00e8te de moi ; elle \u00e9tait avec la Princesse de Lamballe, et nous f\u00fbmes toutes les trois r\u00e9unies.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Nous rest\u00e2mes dans le cabinet de Tallien <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Lambert_Tallien\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Lambert_Tallien<\/a> jusqu\u2019\u00e0 midi. On vint alors nous chercher pour nous conduire \u00e0 la prison de la Force. On nous fit monter dans un fiacre ; il \u00e9tait entour\u00e9 de gendarmes, suivi d\u2019un peuple immense : il y avait un officier de gendarmerie avec nous dans la voiture. C\u2019est par le guichet donnant sur la rue des Ballays, pr\u00e8s la rue Saint-Antoine, que nous entr\u00e2mes dans cette horrible prison. On nous fit d\u2019abord passer dans l\u2019appartement du concierge, afin d\u2019inscrire nos noms sur le registre, et je n\u2019oublierai jamais qu\u2019un individu fort bien mis et qui se trouvait l\u00e0, s\u2019approchant de moi, qui \u00e9tais rest\u00e9e seule dans la chambre, me dit : Mademoiselle, votre position m\u2019int\u00e9resse ; je vous donne le conseil de quitter ici les airs de cour que vous avez, et d\u2019\u00eatre plus famili\u00e8re et plus affable.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Indign\u00e9e de l\u2019impertinence de ce monsieur, je le regardai fixement et lui r\u00e9pondis que telle j\u2019avais \u00e9t\u00e9, telle je serais toujours ; que rien ne pourrait influer sur mes sentiments ni mon caract\u00e8re, et que l\u2019impression qu\u2019il remarquait sur mon visage n\u2019\u00e9tait autre chose que l\u2019image de ce qui se passait dans mon c\u0153ur indign\u00e9 des horreurs que nous voyions! Il se tut et se retira l\u2019air fort m\u00e9content.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Ma M\u00e8re entra alors dans la chambre, mais, h\u00e9las! ce ne fut pas pour longtemps ; nous f\u00fbmes toutes les trois s\u00e9par\u00e9es. On conduisit maman dans un cachot, et moi dans un autre. Je suppliai d\u2019\u00eatre r\u00e9unie \u00e0 elle ; mais on fut inexorable.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Le guichetier vint m\u2019apporter une cruche d\u2019eau. C\u2019\u00e9tait un tr\u00e8s bon homme. Me voyant au d\u00e9sespoir d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9e de ma M\u00e8re et ne sollicitant au monde que d\u2019\u00eatre r\u00e9unie \u00e0 elle, cela le toucha, et ce pauvre homme cherchant \u00e0 adoucir ma peine, me laissa son chien, afin, me disait-il, de me donner une distraction. Surtout ne me trahissez pas, me dit-il, j\u2019aurai l\u2019air de l\u2019avoir oubli\u00e9 par m\u00e9garde.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">A 6 heures du soir, il revint me voir et me trouvant toujours dans le m\u00eame \u00e9tat de chagrin : <em>je vais vous confier un secret. Votre M\u00e8re est dans le cabinet au-dessous du v\u00f4tre ; ainsi vous n\u2019\u00eates pas loin d\u2019elle. D\u2019ailleurs, ajouta-t-il, vous allez avoir dans une heure la visite de Manuel, le procureur de la commune, qui viendra s\u2019assurer si tout est dans l\u2019ordre ; n\u2019ayez pas l\u2019air, je vous en prie, de savoir tout ce que je vous d<\/em>is.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">En effet, quelque temps apr\u00e8s, j\u2019entendis tirer les verrous de la chambre voisine, puis ceux de la mienne ; je vis entrer trois hommes dont un que je reconnus tr\u00e8s bien pour \u00eatre Manuel, le m\u00eame qui avait conduit le Roi au Temple. Il trouva la chambre o\u00f9 j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s humide, et parla de m\u2019en faire changer. Je saisis cette occasion de lui dire que tout m\u2019\u00e9tait \u00e9gal ; que la seule gr\u00e2ce que je sollicitais de lui particuli\u00e8rement \u00e9tait de me r\u00e9unir \u00e0 ma M\u00e8re : je lui demandai avec une grande vivacit\u00e9 ; et je vis que ma demande le touchait ; puis il dit : <em>Demain je dois revenir ici, et nous verrons ; je ne vous oublierai pas<\/em>. Le pauvre guichetier en fermant la porte me dit \u00e0 voix basse : Il est touch\u00e9 ; je lui ai vu des larmes dans les yeux, ayez courage ; \u00e0 demain.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Ce bon Fran\u00e7ois, car c\u2019\u00e9tait le nom de ce guichetier, me donna de l\u2019espoir et me fit un bien que je ne puis exprimer : je me mis \u00e0 genoux, fis mes pri\u00e8res, et avec un calme et une tranquillit\u00e9 extr\u00eame je me jetai toute habill\u00e9e sur l\u2019horrible grabat qui servait de lit ; je dormis jusqu\u2019au jour.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Le lendemain \u00e0 sept heures du matin, ma porte s\u2019ouvrit et je vis entrer Manuel qui me dit : J<em>\u2019ai obtenu de la commune la permission de vous r\u00e9unir \u00e0 votre M\u00e8re ; suivez-moi<\/em>.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Nous descend\u00eemes dans la chambre de ma M\u00e8re, je me jetai dans ses bras, croyant tous ses malheurs finis puisque je me trouvais aupr\u00e8s d\u2019elle. Elle remercia beaucoup Manuel, et lui demanda d\u2019\u00eatre r\u00e9unie \u00e0 la Princesse de Lamballe, puisque nous avions \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es avec elle ; il r\u00e9fl\u00e9chit un moment, puis il dit : Je le veux bien, je prends cela sur moi, et je vais vous conduire dans sa chambre. Effectivement, \u00e0 huit heures du matin nous \u00e9tions r\u00e9unies toutes les trois, seules, et nous \u00e9prouv\u00e2mes un moment de bonheur de pouvoir partager ensemble nos infortunes.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Le lendemain matin nous re\u00e7\u00fbmes un paquet venant du Temple. C\u2019\u00e9taient nos effets que nous renvoyait la Reine. Elle-m\u00eame, avec cette bont\u00e9 qui ne se d\u00e9ment point, avait pris soin de les r\u00e9unir. Parmi eux se trouvait cette robe de Madame \u00c9lisabeth dont je vous ai parl\u00e9 plus haut. Elle devient pour moi un gage d\u2019un \u00e9ternel souvenir, d\u2019un \u00e9ternel attachement, et je la conserverai toute ma vie.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">L\u2019incommodit\u00e9 de notre logement, l\u2019horreur de la prison, le chagrin d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9es du Roi et de sa famille, la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 avec laquelle cette s\u00e9paration semblait nous promettre d\u2019\u00eatre trait\u00e9es, tout cela m\u2019attristait fort, je l\u2019avoue, et effrayait extr\u00eamement cette malheureuse Princesse de Lamballe. Quant \u00e0 ma M\u00e8re, elle montrait cet admirable courage que vous lui avez vu dans de tristes circonstances de sa vie, ce courage qui, n\u2019\u00f4tant rien \u00e0 sa sensibilit\u00e9, laisse cependant \u00e0 son \u00e2me toute la tranquillit\u00e9 n\u00e9cessaire pour que son esprit puisse lui \u00eatre d\u2019usage. Elle travaillait, elle lisait, elle causait d\u2019une mani\u00e8re aussi calme, que si elle n\u2019e\u00fbt rien craint ; elle paraissait afflig\u00e9e, mais ne semblait pas m\u00eame inqui\u00e8te.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Nous \u00e9tions depuis pr\u00e8s de quinze jours dans ce triste s\u00e9jour, lorsqu\u2019une nuit, vers une heure du matin, \u00e9tant toutes trois couch\u00e9es et endormies comme on dort dans une telle prison, de ce sommeil qui laisse encore de la place \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tude, nous entend\u00eemes tirer les verrous de notre porte ; elle s\u2019ouvrit, un homme parut et me dit : <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">\u00a0Mlle de Tourzel, levez-vous promptement et suivez-moi. Je tremblais et ne r\u00e9pondais ni remuais. \u2014 <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Q ue voulez-vous faire de ma fille, dit ma M\u00e8re \u00e0 cet homme ? \u2014 <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\"><em>\u00a0Que vous importe?<\/em> r\u00e9pondit-il, d\u2019une mani\u00e8re qui me parut bien dure ; <em>il faut qu\u2019elle se l\u00e8ve et qu\u2019elle me suive.<\/em> \u2014 <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\"><em>\u00a0Levez-vous, Pauline,<\/em> me dit ma m\u00e8re <em>et suivez-le, il n\u2019y a rien \u00e0 faire ici que d\u2019ob\u00e9ir<\/em>. Je me levai lentement, et cet homme restait toujours dans la chambre ; <em>d\u00e9p\u00eachez-vous<\/em>, dit-il deux ou trois fois ; <em>d\u00e9p\u00eachez-vous, Pauline<\/em>, me dit aussi ma M\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">\u00a0 J\u2019\u00e9tais habill\u00e9e, mais je n\u2019avais pas chang\u00e9 de place ; j\u2019allai \u00e0 son lit et je pris sa main ; mais l\u2019homme ayant vu que j\u2019\u00e9tais lev\u00e9e, s\u2019approcha, me prit par le bras et m\u2019entra\u00eena malgr\u00e9 moi.<em> Adieu, Pauline, que le bon Dieu vous b\u00e9nisse et vous prot\u00e8ge!<\/em> cria ma M\u00e8re. Je ne pouvais lui r\u00e9pondre ; deux grosses portes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 entre elle et moi, et cet homme m\u2019entra\u00eenait toujours.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Comme nous descendions l\u2019escalier, il entendit du bruit ; avec l\u2019air fort inquiet, il me fit entrer pr\u00e9cipitamment dans un petit cachot, ferma la porte, prit la cl\u00e9 et disparut.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Ce cachot \u00e9tait \u00e9clair\u00e9 par un bout de chandelle ; en moins d\u2019un quart d\u2019heure, cette chandelle finit, et je ne puis vous exprimer ce que je ressentis et les r\u00e9flexions sinistres que m\u2019inspirait cette lueur tant\u00f4t forte, tant\u00f4t mourante : elle me repr\u00e9sentait mon agonie, et me disposait \u00e0 faire le sacrifice de ma vie, mieux que n\u2019auraient pu faire les discours les plus touchants.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Je restai alors dans une profonde obscurit\u00e9, puis j\u2019entendis ouvrir doucement la porte ; on m\u2019appela, et \u00e0 la lueur d\u2019une petite lanterne je reconnus l\u2019homme qui m\u2019avait enferm\u00e9e une heure auparavant, pour \u00eatre celui qui \u00e9tait dans la chambre du concierge lors de notre arriv\u00e9e \u00e0 la Force, et qui avait voulu me donner des conseils. Il me fit marcher doucement ; au bas de l\u2019escalier, il me fit entrer dans une chambre, me montra un paquet et me dit de m\u2019habiller avec ce que je trouverais l\u00e0 dedans ; il renferma la porte et je restai immobile, sans agir ni presque penser ; je ne sais combien de temps je restai dans cet \u00e9tat ; j\u2019en fus tir\u00e9e par le bruit de la porte qui se rouvrit et le m\u00eame homme parut : <em>Quoi ! vous n\u2019\u00eates pas encore habill\u00e9e<\/em>! me dit-il d\u2019un air inquiet ; il y a de votre vie, si vous ne sortez promptement d\u2019ici. Je regardai alors les habits qui \u00e9taient dans le paquet, c\u2019\u00e9taient des habits de paysanne ; ils me parurent assez larges pour aller par-dessus les miens ; je les eus pass\u00e9s dans un instant. Cet homme me prit par le bras et me fit sortir de la chambre ; je me laissais entra\u00eener sans faire aucune question, presque m\u00eame aucune r\u00e9flexion, et je voyais \u00e0 peine ce qui se passait autour de moi.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Lorsque nous f\u00fbmes hors des portes de la prison, j\u2019aper\u00e7us, \u00e0 la clart\u00e9 du plus beau clair de lune, une prodigieuse multitude de peuple, et j\u2019en fus entour\u00e9e dans le moment. Tous ces hommes avaient l\u2019air f\u00e9roce : ils \u00e9taient arm\u00e9s de sabres et semblaient attendre quelque victime pour la sacrifier. Voici une prisonni\u00e8re qu\u2019on sauve, cri\u00e8rent-ils tous \u00e0 la fois en me mena\u00e7ant de leurs sabres. L\u2019homme qui me conduisait faisait l\u2019impossible pour les \u00e9carter de moi et pour se faire entendre ; je vis alors qu\u2019il portait la marque qui distingue les repr\u00e9sentants de la communaut\u00e9 de Paris ; cette marque \u00e9tant un droit pour se faire \u00e9couter, on le laissa parler.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Il dit que je n\u2019\u00e9tais pas prisonni\u00e8re, qu\u2019une circonstance m\u2019ayant fait me trouver \u00e0 la prison de la Force <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Prison_de_La_Force,\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Prison_de_La_Force,<\/a> il m\u2019en venait tirer par ordre sup\u00e9rieur, les innocents ne devant pas p\u00e9rir comme les coupables. Cette phrase me fit fr\u00e9mir pour ma m\u00e8re qui \u00e9tait rest\u00e9e enferm\u00e9e ; les discours de mon lib\u00e9rateur, car je commen\u00e7ais \u00e0 voir que c\u2019\u00e9tait le r\u00f4le qu\u2019avait entrepris cet homme dont les mani\u00e8res m\u2019avaient sembl\u00e9 si dures ; ses discours, dis-je, faisaient effet sur la multitude, et l\u2019on allait enfin me laisser passer, lorsqu\u2019un soldat, en uniforme de garde national, s\u2019avan\u00e7a et dit au peuple qu\u2019on le trompait, que j\u2019\u00e9tais Mlle de Tourzel, qu\u2019il me connaissait fort bien pour m\u2019avoir vu mille fois aux Tuileries chez le Dauphin, lorsqu\u2019il y \u00e9tait de garde, et que mon sort ne devait pas \u00eatre diff\u00e9rent de celui des autres prisonniers. Alors la fureur redoubla tellement contre moi et contre mon protecteur que je crus bien certainement que le seul service qu\u2019il m\u2019aurait rendre serait de me conduire \u00e0 ma mort, au lieu de me la laisser attendre. Enfin, ou son adresse, ou son \u00e9loquence, ou mon bonheur me tira encore de l\u00e0, et nous nous trouv\u00e2mes libres de poursuivre notre chemin. Il pouvait cependant s\u2019y rencontrer encore mille obstacles ; nous avions \u00e0 passer des rues dans lesquelles nous devions trouver beaucoup de peuple ; je pouvais encore \u00eatre reconnue et pouvais encore \u00eatre arr\u00eat\u00e9e ; cette crainte d\u00e9termina mon guide \u00e0 me laisser dans une petite cour fort sombre, et par laquelle il ne pouvait venir personne, pour aller voir ce qui se passait aux environs, et s\u2019il pouvait sans danger me mener avec lui. Il revint au bout d\u2019une demi-heure, me dit qu\u2019il croyait plus prudent de changer de costume, et il m\u2019apportait un habit, un pantalon et une redingote, dont il voulait que je me v\u00eatisse. Je n\u2019\u00e9tais gu\u00e8re tent\u00e9e de ce d\u00e9guisement qu\u2019il pensait n\u00e9cessaire ; il me r\u00e9pugnait de p\u00e9rir sous des habits qui ne devaient pas \u00eatre les miens ; je m\u2019aper\u00e7us qu\u2019il ne m\u2019avait apport\u00e9 ni chapeau, ni souliers ; j\u2019avais sur la t\u00eate un bonnet de nuit et aux pieds des souliers de couleur ; le d\u00e9guisement devenait impossible, et je restai comme j\u2019\u00e9tais.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Pour sortir d\u2019o\u00f9 nous \u00e9tions, il fallait repasser presqu\u2019aux portes de la prison o\u00f9 \u00e9taient les assassins, ou traverser une \u00e9glise (le petit Saint-Antoine) <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Petit_Saint-Antoine\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Petit_Saint-Antoine<\/a> dans laquelle se tenait une assembl\u00e9e qui devait l\u00e9galiser leurs crimes ; l\u2019un ou l\u2019autre de ces passages \u00e9taient \u00e9galement dangereux pour moi.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Nous chois\u00eemes celui de l\u2019\u00e9glise, et je fus oblig\u00e9e de la traverser me tra\u00eenant presque \u00e0 terre par les bas-c\u00f4t\u00e9s, afin de n\u2019\u00eatre pas aper\u00e7ue de ceux qui formaient l\u2019assembl\u00e9e. Il me fit entrer dans une petite chapelle de c\u00f4t\u00e9, et me pla\u00e7ant derri\u00e8re les d\u00e9bris d\u2019un autel renvers\u00e9, il me recommanda bien de ne pas remuer, quelque bruit que j\u2019entendisse, et d\u2019attendre son retour qui serait le plus prochain qu\u2019il pourrait. Je m\u2019assis sur mes talons, entendant beaucoup de bruit, des cris m\u00eames ; mais je ne bougeai pas, bien r\u00e9solue \u00e0 attendre l\u00e0 mon sort, et remettant ma vie entre les mains de la Providence en laquelle je m\u2019abandonnai avec confiance, r\u00e9sign\u00e9e \u00e0 recevoir la mort si tels \u00e9taient ses d\u00e9crets.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Je fus tr\u00e8s longtemps dans cette chapelle ; enfin je vis arriver mon guide, et nous sort\u00eemes de l\u2019\u00e9glise avec les m\u00eames pr\u00e9cautions que nous avions prises pour y entrer. Tr\u00e8s peu loin de l\u00e0, mon lib\u00e9rateur s\u2019arr\u00eata \u00e0 une maison qu\u2019il me dit \u00eatre la sienne ; il me fit entrer dans une chambre, et m\u2019y ayant renferm\u00e9e, il me quitta sur-le-champ. J\u2019eus un moment de joie en me trouvant seule, mais je n\u2019en jouis pas longtemps ; le souvenir des p\u00e9rils que j\u2019avais courus ne me montrait que trop ceux auxquels ma M\u00e8re \u00e9tait livr\u00e9e, et je restai tout enti\u00e8re \u00e0 mes tristes craintes ; je m\u2019y abandonnais depuis plus d\u2019une heure, lorsque M. Hardy (car il est temps que je vous nomme celui auquel nous devons la vie) revint et me parut avoir un air plus effray\u00e9 que je ne l\u2019avais vu de toute la matin\u00e9e. Vous \u00eates connue, me dit-il, on sait que je vous ai sauv\u00e9e, on veut vous ravoir, on croit que vous \u00eates ici, on peut vous y venir prendre ; il en faut sortir tout de suite, mais non pas avec moi, ce serait vous remettre dans un danger certain, prenez ceci, me dit-il en me montrant un chapeau avec un voile et un mantelet noir. \u00c9coutez bien tout ce que je vais vous dire, et surtout n\u2019oubliez pas la moindre chose.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">En sortant de cette porte, vous tournerez \u00e0 droit ; puis vous prendrez la premi\u00e8re rue \u00e0 gauche ; elle vous conduira sur une petite place dans laquelle donnent trois rues ; vous prendrez celle du milieu, puis aupr\u00e8s d\u2019une fontaine, vous trouverez un passage qui vous conduira dans une autre grande rue ; vous y verrez un fiacre arr\u00eat\u00e9 pr\u00e8s d\u2019une all\u00e9e sombre ; cachez-vous dans cette all\u00e9e, et vous n\u2019y serez pas longtemps sans me voir para\u00eetre ; partez vite, et surtout, dit-il, apr\u00e8s me l\u2019avoir encore r\u00e9p\u00e9t\u00e9, t\u00e2chez de n\u2019oublier rien de tout ce que je viens de vous dire ; car je ne saurais comment vous retrouver ; et alors que pourriez-vous devenir?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Je vis la crainte qu\u2019il avait que je ne me souvinsse pas bien de tous les renseignements qu\u2019il m\u2019avait donn\u00e9s ; cette crainte, en augmentant celle que j\u2019avais moi-m\u00eame, me troubla tellement qu\u2019en sortant de la maison, je savais \u00e0 peine si je devais tourner \u00e0 droite ou \u00e0 gauche. Comme il vit de la fen\u00eatre que j\u2019h\u00e9sitais, il me fit un signe, et je me souvins alors de tout ce qu\u2019il m\u2019avait dit.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Mes deux habillements l\u2019un sur l\u2019autre me donnaient une figure \u00e9trange, mon air inquiet pouvait me faire para\u00eetre suspecte ; il me semblait que tout le monde me regardait avec \u00e9tonnement. J\u2019eus bien de la peine \u00e0 arriver jusqu\u2019o\u00f9 je devais trouver le fiacre, mais enfin je l\u2019aper\u00e7us, et je ne puis vous dire la joie que j\u2019en ressentis. Je me crus pour lors absolument sauv\u00e9e. Je me retirai dans l\u2019all\u00e9e sombre en attendant que M. Hardy par\u00fbt. Un quart d\u2019heure s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 et il ne venait point. Alors mes craintes redoubl\u00e8rent ; si je restais plus longtemps dans cette all\u00e9e, je craignais de para\u00eetre suspecte aux gens du voisinage ; mais comment en sortir? je ne connaissais pas le quartier dans lequel je me trouvais ; si je faisais la moindre question, je pouvais me mettre dans un grand danger ; enfin comme je m\u00e9ditais tristement sur le parti que je devais prendre, je vis venir M. Hardy ; il \u00e9tait avec un autre homme. Ils me firent monter dans le fiacre et y mont\u00e8rent avec moi. L\u2019inconnu se pla\u00e7a sur le devant de la voiture et me demanda si je le reconnaissais. Parfaitement, lui dis-je, vous \u00eates M. Billaud de Varennes qui m\u2019avez interrog\u00e9e \u00e0 l\u2019H\u00f4tel-de-Ville. Il est vrai, dit-il, je vais vous conduire chez Danton, afin de prendre ses ordres \u00e0 votre sujet. Arriv\u00e9s \u00e0 la porte de Danton, ces messieurs descendirent, mont\u00e8rent chez lui et revinrent peu apr\u00e8s me disant : Vous voil\u00e0 sauv\u00e9e ; il ne nous reste plus maintenant qu\u2019\u00e0 vous conduire dans un endroit o\u00f9 vous ne puissiez pas \u00eatre connue, autrement il pourrait encore ne pas \u00eatre s\u00fbr.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Je demandai \u00e0 \u00eatre men\u00e9e chez Mme la Marquise de L\u00e8de, une de mes parentes. Elle \u00e9tait tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e, et par cons\u00e9quent je pensais ne pouvoir la compromettre. Billaud de Varennes <span style=\"color:#0000ff;\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques-Nicolas_Billaud-Varenne<\/span> s\u2019y opposa \u00e0 cause du nombre de ses domestiques dont plusieurs peut-\u00eatre ne seraient pas discrets sur mon arriv\u00e9e dans la maison, et me demanda d\u2019indiquer une maison obscure. Je me souvins alors de la bonne Babet, notre fille de garde-robe ; je pensai que je ne pouvais \u00eatre mieux que dans une maison pauvre et dans un quartier retir\u00e9. Billaud de Varennes, car c\u2019\u00e9tait toujours lui qui entrait dans ce d\u00e9tail, me demanda le nom de la rue pour l\u2019indiquer au cocher. Je nommai la rue du S\u00e9pulcre.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Ce nom dans un moment comme celui o\u00f9 nous \u00e9tions lui fit une grande impression, et je vis sur son visage un sentiment d\u2019horreur de ce rapprochement avec tous les \u00e9v\u00e9nements qui se passaient. Il dit un mot tout bas \u00e0 M. Hardy, lui recommanda de me conduire o\u00f9 je demandais \u00e0 aller et disparut.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Pendant le chemin, je ne parlai que de ma M\u00e8re ; je demandai si elle \u00e9tait encore en prison. Je voulais aller la rejoindre si elle y \u00e9tait encore ; je voulais aller moi-m\u00eame plaider son innocence. Il me paraissait affreux que ma M\u00e8re f\u00fbt expos\u00e9e \u00e0 la mort \u00e0 laquelle on venait de m\u2019arracher : moi sauv\u00e9e, ma M\u00e8re p\u00e9rir! cette pens\u00e9e me mettait hors de moi.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">M. Hardy chercha \u00e0 me calmer, me dit que j\u2019avais pu voir que depuis le moment o\u00f9 il m\u2019avait s\u00e9par\u00e9e d\u2019elle, il n\u2019avait \u00e9t\u00e9 occup\u00e9 que du soin de me sauver ; qu\u2019il y avait malheureusement employ\u00e9 beaucoup de temps, mais qu\u2019il se flattait qu\u2019il lui en resterait encore assez pour servir ma M\u00e8re ; que ma pr\u00e9sence ne pouvait que nuire \u00e0 ses desseins ; qu\u2019il allait sur-le-champ retourner \u00e0 la prison et qu\u2019il ne regarderait sa mission comme finie que lorsqu\u2019il nous aurait r\u00e9unies ; qu\u2019il me demandait du calme, qu\u2019il avait tout espoir.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Il me laissa remplie de reconnaissance pour le danger o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 cause de moi, et avec l\u2019esp\u00e9rance qu\u2019il sauverait ma M\u00e8re de tous ceux que je craignais pour elle.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color:#008000;\">Adieu, ma ch\u00e8re Jos\u00e9phine ; je suis si fatigu\u00e9e que je ne puis plus \u00e9crire, d\u2019ailleurs ma M\u00e8re me dit qu\u2019elle veut vous raconter elle-m\u00eame ce qui la regarde, et elle vous l\u2019\u00e9crira demain.<\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"color:#660066;\"><a class=\"imagelink\" title=\"Le corps de la Princesse de Lamballe jet\u00e9 \u00e0 la rue avant d'\u00eatre d\u00e9pec\u00e9 le 3 septembre 1792\" href=\"http:\/\/leblogdumesnil.unblog.fr\/2011\/08\/08\/files\/2011\/08\/massacreprincesselamballe.jpg\" rel=\"lightbox[1540]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/leblogdumesnil.unblog.fr\/2011\/08\/08\/files\/2011\/08\/massacreprincesselamballe.jpg\" alt=\"Le corps de la Princesse de Lamballe jet\u00e9 \u00e0 la rue avant d'\u00eatre d\u00e9pec\u00e9 le 3 septembre 1792\" width=\"400\" \/><\/a><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"color:#009900;font-size:xx-small;\"><i><b>Le corps de la Princesse de Lamballe jet\u00e9 \u00e0 la rue avant d\u2019\u00eatre d\u00e9pec\u00e9 le 3 septembre 1792 <\/b><\/i><\/span><\/p>\n<\/div>\n<p><span style=\"color:#0000ff;\"><a style=\"color:#0000ff;\" href=\"http:\/\/leblogdumesnil.unblog.fr\/2011\/08\/08\/2011-59-temoignage-de-pauline-de-tourzel-sur-la-prise-des-tuileries-et-les-evenements-qui-suivirent\">http:\/\/leblogdumesnil.unblog.fr\/2011\/08\/08\/2011-59-temoignage-de-pauline-de-tourzel-sur-la-prise-des-tuileries-et-les-evenements-qui-suivirent<\/a>\/<\/span><\/p>\n<div class=\"storycontent\">\n<div class=\"partage_container\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le blogue du Ma\u00eetre-Chat Lully. 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