{"id":26338,"date":"2019-10-07T10:00:00","date_gmt":"2019-10-07T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/chartedefontevraultprovidentialisme.wordpress.com\/?p=26338"},"modified":"2019-10-07T10:00:00","modified_gmt":"2019-10-07T08:00:00","slug":"26338","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/2019\/10\/07\/26338\/","title":{"rendered":"Mutilation de l\u2019Histoire de France\u00a0: d\u00e9truire le pass\u00e9 pour\u00a0 glorifier le monde nouveau"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-table\">\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><span style=\"color:#ff6600;\">Mutilation de l\u2019Histoire de France :<\/span><br \/><span style=\"color:#ff6600;\">d\u00e9truire le pass\u00e9 pour\u00a0 glorifier le monde nouveau (D\u2019apr\u00e8s \u00ab Histoire partiale, Histoire vraie \u00bb (Tome 1), paru en 1911)<\/span> Publi\u00e9 \/ Mis \u00e0 jour le dimanche 14 juin 2015, par <a href=\"https:\/\/www.france-pittoresque.com\/spip.php?auteur1\">LA R\u00c9DACTION<\/a><\/td>\n<td>\u00a0<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u00a0<br \/>\u00a0Voici un si\u00e8cle, dans son oeuvre en 4 volumes intitul\u00e9e <em>Histoire partiale, histoire vraie<\/em>, l\u2019historien Jean Guiraud, sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise et professeur d\u2019histoire et de g\u00e9ographie de l\u2019Antiquit\u00e9 et du Moyen \u00c2ge \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Besan\u00e7on, <strong>d\u00e9nonce les erreurs et mensonges historiques que renferment les manuels scolaires<\/strong>\u00a0: l\u2019Histoire la plus g\u00e9n\u00e9ralement admise enseigne selon lui ce qui est faux, et induit un <strong>d\u00e9samour de notre pass\u00e9 doubl\u00e9 d\u2019une haine de l\u2019Ancien R\u00e9gime<\/strong>, afin de mieux <strong>glorifier une R\u00e9publique \u00ab\u00a0donnant au monde la paix et la libert\u00e9\u00a0\u00bb<\/strong>. Aper\u00e7u des m\u00e9thodes visant \u00e0 mutiler le Moyen Age et la f\u00e9odalit\u00e9&#8230;<br \/>Pour Jean Guiraud, la plupart des faiseurs de manuels d\u2019histoire p\u00e8chent par une instruction superficielle qui leur a dispens\u00e9 \u00ab\u00a0quelques clart\u00e9s de tout\u00a0\u00bb sans leur permettre de rien approfondir et \u00e9tudier par eux-m\u00eames, leur donnant \u00e0 la fois un simple vernis de culture et une foi imperturbable en leur modeste bagage scientifique, fait uniquement d\u2019emprunts et de connaissances livresques. De l\u00e0 une facilit\u00e9 toute particuli\u00e8re \u00e0 se lancer dans des inductions dont ils ne soup\u00e7onnent pas la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 ou la fausset\u00e9, une tendance f\u00e2cheuse aux g\u00e9n\u00e9ralisations les plus aventureuses, fruit naturel d\u2019esprits simplistes et niaisement s\u00fbrs d\u2019eux-m\u00eames. Compilateurs sans originalit\u00e9, ils manquent d\u2019un sens critique qu\u2019on n\u2019a pas cultiv\u00e9 au contact des textes\u00a0; et ainsi, leur documentation est faite sans discernement, selon le hasard, ou, ce qui est encore plus grave, d\u2019apr\u00e8s les passions politiques et religieuses du jour. Sous leur plume se pressent les affirmations les plus fantastiques et les assertions les plus na\u00efves, d\u2019un pessimisme farouche, quand l\u2019\u00e9poque d\u00e9crite a le malheur de leur d\u00e9plaire, d\u2019un optimisme r\u00eaveur et b\u00e9at, lorsqu\u2019elle a la bonne fortune de leur agr\u00e9er. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, aucun trait pour corriger d\u2019une teinte claire la noirceur du tableau\u00a0; de l\u2019autre, aucune ombre pour souligner la splendeur de l\u2019ensemble\u00a0; ici le noir est sans m\u00e9lange\u00a0; l\u00e0 on nage en plein azur\u00a0! <strong>Le Moyen Age repr\u00e9sent\u00e9 comme une \u00e9poque de mis\u00e8re et de d\u00e9sespoir<\/strong><br \/><br \/>Notre historien prend l\u2019exemple du c\u00e9l\u00e8bre manuel d\u2019histoire de l\u2019\u00e9poque \u00e9dit\u00e9 par la librairie Delaplane, sign\u00e9 J.\u00a0Guiot \u2014 professeur d\u2019\u00e9cole normale, directrice de l\u2019\u00e9cole annexe \u00e0 l\u2019\u00e9cole normale d\u2019Aix \u2014 et F.\u00a0Mane \u2014 professeur de septi\u00e8me au lyc\u00e9e de Marseille. Voyez quelle sombre description elle nous trace du Moyen Age, nous dit Guiraud\u00a0: Page 81, du <em>Cours sup\u00e9rieur<\/em>, elle noue parle d\u2019une \u00ab\u00a0Marseillaise du d\u00e9sespoir entonn\u00e9e par cent mille affam\u00e9s\u00a0\u00bb. Quelle \u00e9tait cette Marseillaise, o\u00f9 a-t-elle \u00e9t\u00e9 chant\u00e9e, quels \u00e9taient ces cent mille affam\u00e9s\u00a0? M.\u00a0Mane ne nous le dit pas, pour une raison bien simple, c\u2019est que cette Marseillaise n\u2019a exist\u00e9 que dans son imagination de Marseillais et que ces cent mille affam\u00e9s sont aussi r\u00e9els que la sardine monumentale qui, toujours \u00e0 Marseille, bouchait jadis l\u2019entr\u00e9e du Vieux Port\u00a0! Page 35, du <em>Cours moyen<\/em>, Guiot et Mane nous d\u00e9crivent la f\u00e9odalit\u00e9, \u00ab\u00a0cette \u00e9poque excessivement malheureuse&#8230;, cet affreux r\u00e9gime\u00a0\u00bb o\u00f9 le seigneur est un guerrier brutal, cruel, ignorant (p.\u00a036), foulant les moissons dor\u00e9es (p.\u00a037). Plus loin\u00a0: \u00ab\u00a0Le Moyen Age est l\u2019\u00e9poque des \u00e9pouvantables famines\u00a0; alors sur les chemins les forts saisissent les faibles, les d\u00e9chirent et les mangent\u00a0! Quelques-uns pr\u00e9sentent un fruit \u00e0 un enfant, ils l\u2019attirent \u00e0 l\u2019\u00e9cart pour le d\u00e9vorer\u00a0!\u00a0\u00bb <br \/>Repr\u00e9sentation du fl\u00e9au de la famine au Moyen Age Page 34, du <em>Cours \u00e9l\u00e9mentaire<\/em>, on lit\u00a0: \u00ab\u00a0Le seigneur est constamment en guerre, ses plaisirs sont cruels&#8230;, le Moyen Age est l\u2019\u00e9poque des affreuses famines\u00a0: le paysan mange l\u2019herbe des prairies, les forts saisissent les faibles, les d\u00e9chirent et les d\u00e9vorent&#8230;, bien peu d\u2019enfants re\u00e7oivent l\u2019instruction&#8230;, plaignons les \u00e9coliers\u00a0; ils sont constamment battus de verges (p.\u00a035)&#8230; Que font ces enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u00a0? <em>Tous<\/em> pleurent\u00a0!\u00a0\u00bb Et le r\u00e9sum\u00e9 affirme gravement qu\u2019 \u00ab\u00a0au Moyen Age le sort du paysan est affreux\u00a0: il vit <em>dans l\u2019\u00e9pouvante<\/em> et travaille gratuitement pour le seigneur&#8230;, dans les rares \u00e9coles les enfants sont constamment fouett\u00e9s. Enfin le <em>Cours pr\u00e9paratoire<\/em> \u00e9crit (p.\u00a030)\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019il est triste le village d\u2019il y a mille ans\u00a0! C\u2019est la mis\u00e8re noire&#8230;, le paysan pleure et se d\u00e9sole \u00e0 la vue du ch\u00e2teau qui lui rappelle qu\u2019il est serf&#8230; Ses enfants ne lui appartiennent pas\u00a0; ils peuvent \u00eatre vendus, le fils est s\u00e9par\u00e9 de son p\u00e8re, et la fille de sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb A quel homme tant soit peu instruit, ou simplement \u00e0 quel homme de bon sens fera-t-on admettre que les choses se passaient ainsi, \u00ab\u00a0il y a mille ans\u00a0\u00bb\u00a0? Dans quel pays, si d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 qu\u2019on le suppose, tous les enfants, sans exception, pleurent-ils dans les \u00e9coles, parce qu\u2019ils sont <em>sans cesse<\/em> battus de verges\u00a0? Concevez-vous une \u00e9cole o\u00f9 le ma\u00eetre passe <em>tout son temps<\/em> \u2014 sans en distraire une minute \u2014 \u00e0 fouetter les enfants et o\u00f9 tous les enfants sont uniquement occup\u00e9s \u00e0 pleurer\u00a0? Mais quand donc le ma\u00eetre enseignait-il\u00a0? Quand donc les enfants faisaient-ils leurs devoirs et r\u00e9citaient-ils leurs le\u00e7ons\u00a0? C\u2019est ce que nous racontent Guiot et Mane\u00a0: \u00ab\u00a0tous les enfants pleurent&#8230;, parce qu\u2019ils sont constamment battus de verges\u00a0!\u00a0\u00bb Ce n\u2019est pas de l\u2019histoire de France, c\u2019est plut\u00f4t une <em>histoire de loup-garou<\/em> destin\u00e9e \u00e0 effrayer les petits enfants\u00a0! A quel homme raisonnable fera-t-on croire que dans ce pays, que la po\u00e9sie populaire du Moyen Age a appel\u00e9 la \u00ab\u00a0douce France\u00a0\u00bb, TOUS les paysans pleuraient devant le ch\u00e2teau du seigneur, comme leurs enfants sous le fouet du ma\u00eetre (que de larmes\u00a0!), qu\u2019ils ne se nourrissaient QUE D\u2019HERBE et qu\u2019ils \u00e9taient d\u00e9pouill\u00e9s de leurs fils vendus comme esclaves\u00a0? A qui fera-t-on croire que la France du Moyen Age \u00e9tait un pays de cannibales o\u00f9 les forts, au lieu de manger la viande des moutons ou des b\u0153ufs, absorbaient la chair des faibles, o\u00f9, d\u00e8s qu\u2019un enfant sortait sur la route, on lui pr\u00e9sentait une pomme pour l\u2019attirer \u00e0 l\u2019\u00e9cart, et le manger\u00a0! C\u2019est l\u00e0 une <em>histoire d\u2019ogres<\/em> et non une histoire de France\u00a0! Remarquez d\u2019ailleurs que les documents protestent contre les traits d\u2019un pareil tableau. Nous avons des inventaires de granges, de fermes, de maisons de paysans au Moyen Age. Le d\u00e9nombrement de leurs provisions nous prouve qu\u2019ils vivaient non d\u2019herbe \u2014 \u00e0 moins que ce ne f\u00fbt, comme de nos jours, de la salade\u00a0! \u2014 mais de viande de mouton et de porc \u2014 plus rarement de b\u0153uf \u2014 de veau quand on \u00e9tait malade, de salaisons, de poissons frais ou sal\u00e9s, et de l\u00e9gumes. Nous avons plusieurs lois des empereurs chr\u00e9tiens du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle interdisant formellement de s\u00e9parer un esclave de sa femme et de ses enfants. Quant \u00e0 la famille du serf, un tout petit raisonnement aurait prouv\u00e9 \u00e0 Guiot et Mane qu\u2019elle ne pouvait pas \u00eatre dispers\u00e9e par le seigneur, puisqu\u2019elle \u00e9tait attach\u00e9e \u00e0 la gl\u00e8be, et que, par cons\u00e9quent, s\u2019il ne lui \u00e9tait pas permis de quitter la terre o\u00f9 elle vivait, on n\u2019avait pas non plus le droit de l\u2019en d\u00e9tacher, et d\u2019en vendre isol\u00e9ment les membres. Enfin, M.\u00a0Luchaire, professeur \u00e0 la Sorbonne et membre de l\u2019Institut, d\u00e9clare avec raison dans la grande <em>Histoire de France<\/em> de Lavisse, qu\u2019\u00e0 la fin du XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, c\u2019est-\u00e0-dire en pleine f\u00e9odalit\u00e9, il n\u2019y avait que peu de serfs et qu\u2019en tout cas, ils ne devaient pas tout leur travail au seigneur. \u00ab\u00a0On constate qu\u2019au d\u00e9but du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les affranchissements individuels ou collectifs ont diminu\u00e9 beaucoup le nombre des serfs. Les terres, qui ont la malheureuse propri\u00e9t\u00e9 de rendre serfs ceux qui les habitent, ont \u00e9t\u00e9 graduellement absorb\u00e9es par les terres libres. L\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 m\u00eame du servage est atteinte. Des provinces enti\u00e8res, la Touraine, la Normandie, la Bretagne, le Roussillon, plusieurs r\u00e9gions du Midi semblent ne plus conna\u00eetre le servage, ou \u00eatre en tr\u00e8s grande partie lib\u00e9r\u00e9es. Dans les pays o\u00f9 il subsiste, par exemple le domaine royal et la Champagne, m\u00eame quand les propri\u00e9taires ne se rel\u00e2chent pas facilement de leurs droits, la condition servile est devenue moins intol\u00e9rable. La taille arbitraire n\u2019existe plus en beaucoup d\u2019endroits\u00a0; le formariage, la main-morte sont souvent supprim\u00e9s. Nombre de paysans ne sont plus soumis qu\u2019\u00e0 la capitation, imp\u00f4t de trois ou quatre deniers.\u00a0\u00bb Ainsi, au Moyen Age, la plupart des paysans \u00e9taient libres, les serfs \u00e9taient l\u2019exception. <br \/>Le ch\u00e2teau f\u00e9odal Au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le mouvement vers la libert\u00e9 s\u2019accentua dans des proportions consid\u00e9rables\u00a0; en 1315, Louis\u00a0X affranchissait tous les serfs du domaine royal et de la Champagne qui avait r\u00e9sist\u00e9 jusque-l\u00e0 au mouvement d\u2019\u00e9mancipation. Quant aux paysans libres, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la presque totalit\u00e9 de la population rurale, \u00ab\u00a0les concessions de privil\u00e8ges et d\u2019exemptions leur sont vraiment prodigu\u00e9es (au XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) par les seigneurs du temps de Louis\u00a0VII et de Philippe-Auguste. C\u2019est l\u2019\u00e9poque de la grande diffusion de la charte de Lorris. A l\u2019exemple de Louis\u00a0VII et de son fils, les seigneurs de Courtenay et de Sancerre et les comtes de Champagne la distribuent assez lib\u00e9ralement aux villages de leurs fiefs. M\u00eame quand cette charte n\u2019est pas octroy\u00e9e int\u00e9gralement et d\u2019une mani\u00e8re explicite, son influence se fait sentir, surtout par l\u2019abaissement du taux des amendes judiciaires, dans la plupart des contrats qui intervenaient alors, de plus en plus nombreux, entre les seigneurs et leurs paysans. \u00ab\u00a0En 1182, l\u2019archev\u00eaque de Reims, Guillaume de Champagne, conc\u00e9da \u00e0 la petite localit\u00e9 de Beaumont-en-Argonne une charte qui allait servir de mod\u00e8le \u00e0 la plupart des chartes d\u2019affranchissement accord\u00e9es aux localit\u00e9s rurales des comt\u00e9s de Luxembourg, de Cheny, de Bar, de R\u00e9thel, et du duch\u00e9 de Lorraine. En Champagne, elle fit concurrence \u00e0 la charte de Soissons et \u00e0 la loi de Verviers. Elle ne donnait pas seulement aux villageois des franchises \u00e9tendues, elle leur conc\u00e9dait une apparence d\u2019autonomie, des repr\u00e9sentants librement \u00e9lus, les \u00e9chevins, un maire et le libre usage des bois et des eaux&#8230; D\u2019autres constitutions, moins r\u00e9pandues que celles de Lorris et de Beaumont, transformaient peu \u00e0 peu l\u2019\u00e9tat civil et \u00e9conomique des campagnes&#8230; Le village ne formait pas une personne morale, mais il \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par un maire.\u00a0\u00bb (<em>Histoire de France<\/em>, Lavisse) Des paysans signant des contrats librement d\u00e9battus avec leurs seigneurs, recevant d\u2019eux pour leurs villages des constitutions et des chartes o\u00f9 leurs droits \u00e9taient nettement pr\u00e9cis\u00e9s, \u00e9lisant leurs maires et s\u2019administrant eux-m\u00eames, comme les habitants de nos communes, vivaient-ils sans cesse dans l\u2019\u00e9pouvante, comme l\u2019\u00e9crivent Guiot et Mane\u00a0? Le seigneur avait-il tout pouvoir sur eux, et en particulier celui de leur saccager leurs moissons dor\u00e9es\u00a0? Les documents disent pr\u00e9cis\u00e9ment tout le contraire. Mais alors Guiot et Mane sont-ils des faussaires\u00a0? Certes non. Ce sont tout simplement des esprits insuffisamment renseign\u00e9s qui ont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des cas particuliers, en les grossissant d\u00e9mesur\u00e9ment par ignorance, exc\u00e8s d\u2019imagination et passion. Ils ont trouv\u00e9, dans quelques histoires, des citations de Raoul Glaber ou de tel autre chroniqueur du Moyen Age, signalant, \u00e0 une date donn\u00e9e et dans tel pays, une famine ou m\u00eame simplement un rench\u00e9rissement des vivres, quelques actes criminels sugg\u00e9r\u00e9s par la mis\u00e8re\u00a0; ailleurs, ils ont vu un seigneur abusant de son pouvoir et imposant \u00e0 ses paysans des vexations arbitraires ou des imp\u00f4ts \u00e9crasants. Ils ont accept\u00e9 ces faits sans les contr\u00f4ler \u2014 car, en bons \u00ab\u00a0primaires\u00a0\u00bb, ils manquent de critique \u2014 ils n\u2019ont pas vu, par exemple, avec M.\u00a0Gebhart \u2014 professeur de la Sorbonne et membre de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise \u2014 que Raoul Glaber avait une imagination d\u00e9bordante poussant tous les faits au drame, et que par cons\u00e9quent, il faut se d\u00e9fier de ses affirmations. Bien plus, ces faits admis, ils ne se sont pas demand\u00e9 s\u2019ils \u00e9taient signal\u00e9s pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils \u00e9taient exceptionnels\u00a0; ils n\u2019ont pas vu qu\u2019ils avaient produit, sur l\u2019esprit du chroniqueur qui les rapporte, une impression d\u2019autant plus profonde qu\u2019ils \u00e9taient rares et monstrueux. Et par une induction pr\u00e9matur\u00e9e et d\u00e8s lors antiscientifique, ils ont fait de l\u2019exception la r\u00e8gle. Raoul Glaber cite comme un \u00e9v\u00e9nement particuli\u00e8rement abominable et inou\u00ef qu\u2019un jour par mis\u00e8re un brigand a tu\u00e9 un homme et l\u2019a mang\u00e9\u00a0; Guiot et Mane \u00e9crivent que, <em>pendant tout le Moyen Age, tous<\/em> les forts mangeaient les faibles et que les enfants qui acceptaient d\u2019un passant un fruit \u00e9taient attir\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cart, d\u00e9pec\u00e9s et mang\u00e9s sans poivre ni sel\u00a0! Voil\u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation h\u00e2tive dans toute sa fausset\u00e9. Et voil\u00e0 l\u2019histoire qu\u2019au nom de l\u2019Etat, on enseigne de force aux enfants pour les d\u00e9livrer de tout pr\u00e9jug\u00e9 et lib\u00e9rer leur esprit\u00a0! <strong>M\u00e9connaissance du r\u00f4le de la f\u00e9odalit\u00e9 dans l\u2019\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s<\/strong><br \/>La f\u00e9odalit\u00e9 est par\u00e9e de tous les d\u00e9fauts. Elle est tyrannique\u00a0; elle exploite par la violence le travail du peuple\u00a0: \u00ab\u00a0Le pauvre paysan, dit Calvet dans son <em>Cours pr\u00e9paratoire<\/em>, travaille toujours\u00a0; s\u2019il refuse, on le met en prison, on le bat, on lui coupe le nez et les oreilles, on lui arrache les dents, on lui cr\u00e8ve les yeux&#8230; Les rois prot\u00e9geaient les pauvres gens \u00e0 peu pr\u00e8s de m\u00eame que les bergers gardent les brebis du loup, pour pouvoir traire leur lait et vendre leur laine\u00a0\u00bb. Pour L\u00e9on Brossolette, ancien inspecteur de l\u2019enseignement primaire \u00e0 Paris, tous les barons f\u00e9odaux sont \u00ab\u00a0brutaux et farouches\u00a0\u00bb, affirme-t-il dans son <em>Cours moyen<\/em>. Il nous parle de serfs qui \u00ab\u00a0se lass\u00e8rent d\u2019\u00eatre sans cesse pill\u00e9s, battus, emprisonn\u00e9s, pendus\u00a0\u00bb\u00a0; il nous montre les marchands, tapis de peur dans leur ville et leurs sombres boutiques. Quant au paysan, disent Louis-Eug\u00e8ne Rogie et Paul Despiques, il vivait dans une cabane \u00ab\u00a0dont les murs \u00e9taient faits de lattes entrem\u00eal\u00e9es de torchis&#8230; le toit de chaume, le parquet de terre battue, le plus souvent sans fen\u00eatre\u00a0\u00bb. Aucun de ces auteurs ne se pose m\u00eame cette question\u00a0: \u00ab\u00a0Comment un r\u00e9gime que l\u2019on nous dit aussi affreux a-t-il dur\u00e9 plusieurs si\u00e8cles\u00a0?\u00a0\u00bb <br \/>Une ville au Moyen Age Encore moins nous exposent-ils la raison que nous en a donn\u00e9e Taine\u00a0: si dans toute l\u2019Europe du Moyen Age la f\u00e9odalit\u00e9 est rest\u00e9e puissante et a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e pendant plusieurs si\u00e8cles, c\u2019est parce qu\u2019elle r\u00e9pondait \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 sociale, que cette organisation convenait le mieux \u00e0 ces temps-l\u00e0 et que, pendant l\u2019anarchie que les invasions et la dissolution de l\u2019empire carolingien avaient d\u00e9cha\u00een\u00e9e, les paysans et les habitants des villes avaient \u00e9t\u00e9 heureux de trouver dans les seigneurs de puissants protecteurs, derri\u00e8re les murs de leurs ch\u00e2teaux un asile, dans leur \u00e9p\u00e9e une sauvegarde pour la s\u00e9curit\u00e9 de leurs r\u00e9coltes, de leur industrie et de leur commerce. <br \/><br \/><strong>M\u00e9connaissance du r\u00f4le historique de la royaut\u00e9<\/strong><br \/>La royaut\u00e9 est la n\u00e9gation de la R\u00e9publique\u00a0; les auteurs de manuels s\u2019efforceront en cons\u00e9quence de d\u00e9montrer qu\u2019elle a eu tous les vices, exerc\u00e9 toutes les tyrannies, qu\u2019elle s\u2019est oppos\u00e9e \u00e0 l\u2019instruction, faisant de l\u2019ignorance la complice de son despotisme, explique Jean Guiraud. Dans un de ses exercices, M.\u00a0Calvet demande \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves de prouver qu\u2019un \u00ab\u00a0roi absolu \u00e0 qui rien ne r\u00e9siste est incapable de bien gouverner\u00a0\u00bb (<em>Cours \u00e9l\u00e9mentaire<\/em>, p.\u00a0117), comme si des souverains absolus tels que Pierre le Grand en Russie, Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0II en Prusse, Henri\u00a0IV en France n\u2019avaient pas bien gouvern\u00e9 leurs Etats. Pour Brossolette, \u00ab\u00a0Louis\u00a0XI ne fut ni plus fourbe ni plus m\u00e9chant que les princes ses contemporains\u00a0\u00bb (<em>Cours moyen<\/em>, p.\u00a0143)\u00a0; ce qui revient \u00e0 dire qu\u2019au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle TOUS les princes <em>sans exception<\/em> \u00e9taient fourbes et m\u00e9chants, m\u00eame quand ils s\u2019appelaient le \u00ab\u00a0bon roi\u00a0\u00bb Ren\u00e9. Pour nous faire conna\u00eetre le \u00ab\u00a0peuple sous Louis\u00a0XIV\u00a0\u00bb, le m\u00eame auteur, qui nous indique \u00e0 peine d\u2019un mot les efforts souvent couronn\u00e9s de succ\u00e8s que fit Colbert pour diminuer les imp\u00f4ts par la r\u00e9forme de la taille, trouve plus scientifique de r\u00e9sumer tout le r\u00e8gne en quatre faits mis en images\u00a0: la r\u00e9volte des Boulonnais contre les receveurs de l\u2019imp\u00f4t, une s\u00e9dition \u00e0 Rennes, une sc\u00e8ne purement fantaisiste de famine, et l\u2019histoire de M.\u00a0de Charnac\u00e9 abattant d\u2019un coup de fusil un couvreur qui travaillait sur un toit. En admettant que tous ces faits soient exacts et que la royaut\u00e9 ait commis ou approuv\u00e9 toutes sortes de crimes, \u00e9crit Guiraud, il est une v\u00e9rit\u00e9 qui a son importance et que passent sous silence tous les manuels, sauf celui de Calvet, c\u2019est qu\u2019<em>elle a fait la France<\/em>. N\u2019est-ce pas elle qui a r\u00e9uni patiemment au domaine royal toutes les provinces qui s\u2019\u00e9taient enferm\u00e9es si longtemps en elles-m\u00eames\u00a0? Par un travail pers\u00e9v\u00e9rant de plusieurs si\u00e8cles, elle a reform\u00e9 en une seule nation la poussi\u00e8re d\u2019Etats qui \u00e9tait sortie du chaos des invasions, et donn\u00e9 \u00e0 la race fran\u00e7aise, avec l\u2019unit\u00e9, la pr\u00e9pond\u00e9rance politique et \u00e9conomique dans l\u2019Europe du Moyen Age, sous saint Louis, dans l\u2019Europe du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avec Louis\u00a0XIV. Un pareil r\u00f4le ne m\u00e9ritait-il pas d\u2019\u00eatre rappel\u00e9\u00a0? Mais en le signalant, on aurait montr\u00e9 aussi la part qu\u2019ont prise \u00e0 la formation et \u00e0 la gloire de la patrie des tyrans qui n\u2019\u00e9taient ni r\u00e9volutionnaires ni la\u00efques\u00a0; on a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 passer ces grands faits et mutiler l\u2019histoire.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/figure>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.france-pittoresque.com\/spip.php?article12686\">https:\/\/www.france-pittoresque.com\/spip.php?article12686<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mutilation de l\u2019Histoire de France :d\u00e9truire le pass\u00e9 pour\u00a0 glorifier le monde nouveau (D\u2019apr\u00e8s \u00ab Histoire partiale, Histoire vraie \u00bb (Tome 1), paru en 1911) Publi\u00e9 \/ Mis \u00e0 jour&#8230; <a href=\"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/2019\/10\/07\/26338\/\">Cliquez pour lire davantage &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[29],"tags":[],"class_list":["post-26338","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26338","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26338"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26338\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26338"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=26338"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/charte-fontevrault-providentialisme.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=26338"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}