Le programme ArmmA .Une étude sur l’héraldique “monumentale” régionale
Apparues au milieu du XII e siècle, les armoiries désignaient une personne ou un groupe de personnes par le biais d’un signe figuré. Ces signes d’identité, généralement reproduits à l’intérieur d’un écusson dont la forme varie selon les “modes” du lieu et de l’époque, eurent une diffusion tellement large et rapide qu’un siècle plus tard ils constituaient déjà un trait essentiel de la culture visuelle de toute l’Europe. Adoptés par toutes les classes sociales et les institutions, ces signes apparaissaient sur toute sorte de supports, des édifices monumentaux aux objets d’usage quotidien. Dotées d’un fort impact visuel, à l’instar des logos modernes, les armoiries, isolées ou insérées dans des séries, parsemaient les espaces publics et privés, répondant à des fonctions variées : identifier les propriétaires et/ou les commanditaires d’un bien, représenter des relations d’amitié ou d’alliance, illustrer la parenté, documenter le rang et le rôle social de leurs porteurs…
Pourtant, les décors héraldiques demeurent largement méconnus et exposés aux périls de l’abandon, à cause notamment des idées reçues qui pèsent encore sur ce genre d’images, à tort considérées comme mystérieuses, inaccessibles, expression exclusive de l’aristocratie d’Ancien Régime. Loin de cela, les armoiries dévoilent des informations essentielles sur notre patrimoine artistique et, en général, sur les mentalités et les pratiques des sociétés du Moyen Age et de la Renaissance. Dans la perspective d’une connaissance et d’une mise en valeur de ces images “oubliées”, Le programme ArmmA (ARmorial Monumental du Moyen Age) a été lancé à l’automne 2013. Il vise, sur le long terme, le recensement et l’étude des décors héraldiques monumentaux produits dans la France médiévale. Porté par Laurent Hablot et Matteo Ferrari (CESCM) et financé par l’Université de Poitiers et par la DRAC Poitou-Charentes, ce programme a démarré par un volet consacré aux images héraldiques conservées ou documentées à Poitiers et dans la Vienne, très nombreuses et même remarquables du point de vu qualitatif. Leur analyse a donc permis d’approcher sous un angle nouveau notre patrimoine artistique et les personnages qui ont fait l’histoire de notre région. Elle a également favorisé la redécouverte d’édifices disparus ou mutilés à la suite des ventes postrévolutionnaires des “biens nationaux”. C’est le cas des pièces héraldiques déposées dans la cour de l’Hôtel Fumé à la suite de l’installation de l’Université dans l’immeuble en 1922 : soustraites au XIX e siècle à la fureur des pioches, puis oubliées, elles racontent enfin des pages méconnues de l’histoire de notre ville.
Très intéressant armorial de la bourgeoisie souvent anoblie de la ville de Poitiers. Des travaux que l’on doit, pour beaucoup, à l’excellent Laurent Hablot (un élève de Michel Pastoureau).