Patricia Touboul. L’histoire providentialiste de Bossuet au miroir de l’historiographie contemporaine

     Les débats autour de la terminologie la plus juste pour qualifier les écrits sur l’histoire de Bossuet sont suffisamment connus pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir de façon détaillée. En dehors des ouvrages d’histoire religieuse dont la finalité ressortit à l’apologétique – et qui n’excluent pas que la démarche adoptée pour le récit des épisodes touchant au temporel soit, quant à l’utilisation des sources, fidèle aux règles méthodologiques définissant l’histoire critique –, on pense pouvoir admettre avec A. Rébelliau [1][1]V. Bossuet, historien du protestantisme. Étude sur l’… que les conclusions de Bossuet, si elles relèvent bien d’une philosophie de l’histoire où prévaut avec l’idée de providence la dimension téléologique, ses analyses intermédiaires relèvent, elles, de l’histoire proprement dite.

    ’il est évident aux yeux des historiens contemporains que la présence de l’idée de providence dans le récit d’histoire contrevient à l’exigence de positivité, en désignant la révélation comme la condition par laquelle se découvre Dieu, lui-même cause première de toute la chaîne événementielle, il n’est pas certain que les arguments avancés, afin de bouter la notion ( de providentailisme)  hors du champ disciplinaire de l’histoire, soient tous également pertinents, au motif que le verdict, lui, l’est. Réexaminer les raisons qui peuvent justifier l’introduction de la providence dans le champ de l’histoire ne conduira certes pas à la réhabilitation de cette notion : extra-historique, elle l’est et le restera ;

NDLRB.  Affirmer ex aprubto un fait  scoiologique n’équivaut pas  à le démontrer

    en revanche, cela contribuera peut-être, à la lumière du rappel de la dimension poétique de toute histoire – fût-elle celle de nos contemporains les plus critiques –, à atténuer une partie des soupçons jetés sur la méthode de Bossuet : affirmer que cette histoire n’intéresse plus que les professeurs de rhétorique, et non les historiens [2][2]V. H. d’Arbois de Jubainville : « [L]e Discours sur l’histoire…, suppose à la discipline historique une hyperrationalité guère plus admissible qu’un rattachement sans précaution au récit fabuleux ou à la théologie. Car si ces derniers placent tous deux, à des degrés divers, la croyance à la place de la démonstration et de la preuve matérielle – alors même que l’histoire ne vise ni les lieux imaginaires de la fiction, ni ceux du surnaturel –, l’abstraction pure du mathématicien ne lui convient pas davantage. Son domaine à elle, c’est, pour reprendre les mots de P. Veyne, la « tranche de vie » [3][3]Comment on écrit l’histoire, Paris, Le Seuil,…, qui implique la saisie simultanée de déterminants pluriels, à la fois rationnels, imaginaires, et affectifs. Par conséquent, parce que son objet est hybride, et que, passé, il implique un surcroît de reconstruction, le discours de l’historien oscille entre les pôles de la certitude et de l’hypothétique.

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https://www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2008-2-page-243.htm

1 thought on “Patricia Touboul. L’histoire providentialiste de Bossuet au miroir de l’historiographie contemporaine

  1. Hervé J. VOLTO

    Jacques-Bénigne Bossuet, surnommé l’« Aigle de Meaux », fils de Bénigne Bossuet (1592-1667) -avocat puis substitut du procureur général du Parlement de Bourgogne, nommé en 1638 conseiller au Parlement de Metz- né le 27 septembre 1627 à Dijon et décédé le 12 avril 1704 à Paris, est un homme d’Église, évêque, prédicateur et écrivain français.

    Prédicateur tôt renommé, il prononce des sermons et des oraisons funèbres qui demeurent célèbres. Il est l’auteur d’une abondante œuvre écrite qui porte sur la spiritualité, l’instruction du Dauphin, la controverse antiprotestante ou encore diverses polémiques dont celle qui l’oppose à Fénelon à propos du quiétisme. Il est élu à l’Académie Française en 1671.

    Dans l’assemblée du clergé de 1682, à l’occasion des démêlés entre le roi et le pape, il est le moteur principal de la déclaration sur les libertés de l’Église en France en 1682, qui en accord avec la politique gallicane de Louis XIV fixe les limites du pouvoir du pape, et rédige les Quatre articles de 1682 qui sont demeurés une loi de l’État jusqu’à ce que le Roi Soleil les abroge et révoque l’Edit de Nantes.

    Dans POLITIQUE TIREE DES PRORES PAROLES DE L’ECRITURE SAINTE, Bossuet rappelle que les rois sont les ministres de Dieu. Le roi est à l’image de son royaume ce qu’est Dieu à l’égard de la création, aussi « le trône royal n’est pas le trône d’un homme, mais le trône de Dieu même » et vouloir donc y attenter est un crime contre l’ordre divin, reprenant les paroles du pape Grégoire IX à Saint Louis (paroles citées par Sainte Jeanne d’Arc dans son adresse au Duc de Bedfrod). L’exigence de maintenir la concorde dans le peuple de Dieu et du roi peut amener ce dernier à la plus grande sévérité, y compris et plus encore envers les grands dont la désobéissance entraîne les plus graves désordres que le royaume puisse connaître (Jacques Bénigne Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l’Ecriture Sainte, Jean Mariette, 1714, 404 p. (lire en ligne [archive]), p. 94, 149).

    Le cardinal Grente voit en lui « le plus grand [orateur] peut-être que le monde ait connu (Dictionnaire des lettres françaises, Le xviie siècle, dir. cardinal Georges Grente, éd. révisée sous la direction de Patrick Dandrey, coll. « La Pochothèque », Le Livre de poche, 1996, p. 174)

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