Il y a 233 ans, le 21 janvier 1793 : Décapitation du roi Louis XVI

 

Les 3 parties de cet article seront éditées sur le blog de la Charte les 19, 20 et 21 janvier 2026.

Article, en trois parties, paru dans la Semaine Religieuse de Pontmain
(des 25 septembre, 02 octobre et 09 octobre 1875).
(paru aussi dans La Semaine Catholique de Luçon en 1880).

Une messe expiatoire pour Louis XVI le 22 janvier 1793 (1)

(1) Extrait d’une introduction placée par H. de Balzac en tête de Mémoires publiés en 1815, et dont on connaîtra l’auteur en lisant ce récit.

Le 21 janvier 1793, vers dix heures du soir, au moment où une vieille dame qui venait d’acheter, faubourg Saint-Martin, une boîte d’hosties pour la célébration des saints mystères, rentrait chez elle, un homme qui l’avait suivie était resté immobile, occupé à contempler la maison où elle demeurait. Elle se hâta d’entrer ; puis, saisie d’effroi, elle s’assit avec précaution sur une chaise que lui présenta un vieillard.

– Cachez-vous ! Cachez-vous ! lui dit-elle ; car, malgré que nous sortions bien rarement, nos démarches sont connues et nos pas sont épiés.

– Qu’y a –t-il de nouveau ? demanda une autre vieille femme assise auprès du feu.

– L’homme qui rôde autour de la maison depuis quelques jours m’a suivie ce soir.

À ces mots, les trois habitants de cette pauvre masure se regardèrent en laissant paraître sur leur visage les signes d’une terreur profonde. Le vieillard était le moins agité, peut-être parce qu’il était le plus en danger. Quand on est sous le joug de la persécution, un homme courageux commence, pour ainsi dire, par faire le sacrifice de lui-même, et ne considère ses jours que comme autant de victoires remportées sur le sort.  

Les regards des deux femmes, attachés sur ce vieillard, laissaient aisément deviner qu’il était l’unique objet de leur sollicitude.

– Pourquoi désespérer de Dieu, mes sœurs ! S’il a voulu que je fusse sauvé de la boucherie des Carmes, c’est sans doute pour me réserver à une destinée que je dois accepter sans murmure. C’est de vous, et non de moi qu’il faut s’occuper. 

– Non, dirent les deux vieilles dames. 

– Voici, reprit celle qui arrivait et qui tendit la petite boîte au prêtre, voici les hosties. Mais, s’écria-t-elle, j’entends quelqu’un monter les degrés ! 

À ces mots, tous trois se mirent à écouter. Il fut facile d’entendre, au milieu du plus profond silence, les pas d’un homme dans l’escalier. Le prêtre se coula péniblement dans une espèce d’armoire, et une des religieuses jeta promptement quelques hardes sur lui. 

– Vous pouvez fermer, sœur Agathe ! dit-il d’une voix étouffée.

À peine le prêtre était-il caché, que trois coups frappés à la porte firent tressaillir les deux saintes filles ; elles se consultèrent des yeux sans oser prononcer une parole ; elles demeurèrent muettes, ne connaissant d’autre défense que la résignation chrétienne.

Interprétant ce silence à sa manière, l’homme qui demandait à entrer ouvrit la porte et se montra tout à coup. Les deux pauvres religieuses frémirent en reconnaissant en lui le personnage qui, depuis cinq ou six jours, rôdait autour de la maison, et semblait prendre des informations sur leur compte. Elles restèrent immobiles en le contemplant avec une curiosité inquiète et saisies de stupeur. 

Cet homme était de taille moyenne et un peu gros, mais rien dans sa démarche, dans son air ni dans sa physionomie n’indiquait un méchant homme. Il imita l’immobilité des religieuses et promena lentement ses regards sur la chambre où il se trouvait.

Deux nattes de paille, posées sur des planches, semblaient servir de lit aux religieuses. Une seule table était au milieu de la chambre ; il y avait dessus un chandelier de cuivre, quelques assiettes, trois couteaux et un pain rond. Le feu de la cheminée était très modeste, et quelques morceaux de bois entassés dans un coin attestaient la pauvreté des deux recluses. Une relique, sans doute sauvée du pillage de l’abbaye des Chelles, était placée sur le manteau de la cheminée. Trois chaises, deux coffres et une mauvaise commode achevaient l’ameublement de cette pièce. Une porte pratiquée auprès de la cheminée faisait conjecturer qu’il existait une autre chambre. 

L’inventaire de cette cellule fut fait en deux secondes par le personnage qui s’était introduit sous des auspices aussi sinistres au sein de ce ménage. Un sentiment de commisération se peignit sur sa figure et il jeta un regard de bienveillance sur les nonnes. Il paraissait au moins aussi embarrassé qu’elles, et l’étrange silence dans lequel ils demeurèrent dura une minute environ.

Mais il finit par deviner la faiblesse morale et l’inexpérience des deux pauvres créatures, et alors il leur dit d’une voix douce et timide : 

– Je ne viens point ici en ennemi, citoy… Il s’arrêta et se reprit pour dire mes sœurs ; s’il vous arrivait quelque malheur, croyez que je n’y aurais pas contribué. J’ai une grâce à réclamer de vous.

Elles gardaient toujours le silence. 

– Si je vous importunais, si… je vous gênais, parlez librement, je me retirerai ; mais sachez que je vous suis tout dévoué, que s’il est quelque bon office que je puisse vous rendre, vous pouvez m’employer sans la moindre crainte. Parlez. 

Il y avait un tel accent de vérité dans ces paroles que la sœur Agathe, celle des deux religieuses qui appartenait à la maison de Béthune, sembla lui indiquer une des chaises comme pour le prier de s’asseoir. L’inconnu manifesta une sorte de joie mêlée de tristesse, en comprenant ce geste, et attendit pour prendre place que les deux respectables filles fussent assises.

– Vous avez donné asile à un vénérable prêtre non assermenté et qui a miraculeusement échappé au massacre des Carmes. 

– Mais, monsieur, dit vivement la sœur Marthe, nous n’avons pas de prêtre ici, et… 

– Il faudrait alors avoir plus de soin et de prévoyance, répliqua doucement l’étranger en avançant le bras vers la table et en prenant un bréviaire. Je ne pense pas que vous sachiez le latin…

[Demain la partie 2]

Chouandecoeur

1 thought on “Il y a 233 ans, le 21 janvier 1793 : Décapitation du roi Louis XVI

  1. Guillaume Lacordais

    Une messe de requiem pour Louis XVI sera célébrée le 21 janvier 2026 à 6h45 en l Église de Parcay-Meslay (37)

    Reply

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