Mercredi des Cendres, entrée en Carême :
Depuis un moment déjà, les réseaux sociaux cathos regorgent de propositions, de livrets de carême, vidéo et autres méditations calibrées au 40 ; c’est le temps favorable, le temps du salut, de se bouger, de travailler sur soi, de s’améliorer, de progresser, bref de se convertir. Une consommation de vie spirituelle en portions quotidiennes surgelées ou congelées suivant les sites, les auteurs et les éditeurs. Sainte émulation de notre belle jeunesse, et moins jeune tout autant.
Notez qu’il faut quand même être capable de zapper, car jusqu’au Mardi soir, c’était la sixième semaine du Temps Ordinaire : rien nulle part, ni dans les lectures, ni dans les oraisons, ni même le Dimanche précédent, ne laissait soupçonner que le lendemain s’abattrait le couperet de l’un des deux seuls jours de jeûne dans l’année liturgique, en plus de l’abstinence réservée habituellement au Vendredi toute l’année, hors solennité. Reconnaissons que la marche est d’autant plus haute à franchir, que la tradition du Carnaval et du Mardi Gras, elle, s’est maintenue.
Et encore rezapper, puisque le Carême à peine commencé, la liturgie des Cendres nous rassure : ça va bien se passer ! La miséricorde est infinie, il faut se convertir et croire à l’Évangile. L’autre formule au choix dans la dernière édition du Missel Romain, n’est plus jamais choisie, bien que ce soit elle qui porte la signification des cendres du jour, pourquoi les Cendres ? Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. C’est clair, si j’ose dire, aucune équivoque ni esquive possibles. Un peu abrupte comme monition, surtout en français ! Mais pourquoi est-ce devenu inaudible, malgré une consonance de plus en plus obsédante avec l’air du temps où nous sommes ?
Regarder Jésus Christ, se mettre à sa suite ? Envisager sa bienheureuse Passion, toute tissée de nos péchés et de sa miséricorde ? En nourrir une sincère contrition que le sacrement rendra parfaite par l’absolution ? Faire pénitence et lui offrir réparation, et ainsi se préparer à recevoir l’Eucharistie gage de la vie éternelle ? Communier en vérité au Seigneur dans sa mort et sa résurrection : en somme, faire ses Pâques, une fois l’an ?
Pâques, ah ça, oui : je vais renouveler les promesses de mon Baptême et cette fois, on va voir ce qu’on va voir. Mais Jésus Christ, là-dedans, à part ce que tu lui soutires encore et toujours ?
Au contraire, quelle pédagogie pour la Liturgie dans laquelle on ne comprend rien… Le violet est apparu déjà trois fois le Dimanche depuis fin janvier, histoire de nous mettre dans l’ambiance. L’Évangile, d’abord, nous a encouragés par la parabole des ouvriers de la onzième heure ; puis il suscite avec la parabole du Semeur, le désir de porter du fruit au centuple, dont il atteste que c’est le lot du chrétien normal ; et enfin, il met devant nos yeux Jésus Christ qui sait ce qui l’attend et prend résolument la route de Jérusalem, Jésus Christ à qui il faut s’attacher si l’on veut pouvoir le suivre, Jésus Christ seule lumière dans des ténèbres qui s’épaississent.
Alors pour le coup, ce Mercredi, la quatrième oraison de la bénédiction des Cendres claque comme un étendard :
« Dieu éternel et tout-puissant, les habitants de Ninive ont bénéficié de votre pardon, pour avoir manifesté leur repentir en se couvrant de cendre et en prenant les vêtements de pénitence. Donnez-nous d’imiter si bien leur conduite, que nous obtenions comme eux le pardon. »
Enthousiasmant !
Alors l’imposition des Cendres devient splendide en pulvérisant jusqu’aux origines, l’orgueil qui nous a perdus : memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris.
Gageons que le promoteur de la Supplique à Dieu pour le retour du Roi, n’aura bientôt plus assez d’écharpes pénitentielles de Pontmain pour répondre à la demande !


Belle homélie qui augure d’un riche ministère spirituel.