Franck Abed. Valeurs fondamentales du monachisme, par Dom Augustin SAVATON

L’auteur fut moine bénédictin. Il répondait au nom de Dom Augustin Savaton (1878-1965). Il rejoignit la communauté des moines de Solesmes, alors en exil à Londres, à Appuldurcombe en 1903, à l’âge de 25 ans. Par la suite, il devint abbé de Saint-Paul de Wisques de 1928 à 1960. Il déposa sa charge cinq ans avant sa mort… C’est dire combien il connut parfaitement la réalité monastique.

Dans ce livre court et instructif, il nous présente les valeurs intemporelles et apodictiques du monachisme : solitude, pauvreté, obéissance, humilité, travail, cénobitisme, prière, liturgie, apostolat et eschatologie. Chaque thème donne naissance à un chapitre et l’ensemble constitue l’architecture de l’ouvrage. En son temps Voltaire, qui ne perdait jamais une occasion de dénigrer l’Eglise catholique, avait donné une définition mensongère des ordres réguliers : « Une maison où les gens se rassemblent sans se connaître, où ils vivent sans s’aimer, où ils se quittent sans se regretter ». C’était méconnaitre l’essence même des ordres religieux, dans laquelle nous plonge cet homme de Dieu, avec cette belle œuvre écrite au milieu du siècle dernier. Chacun sait, et pourtant le fait continue de surprendre, le moine vit retiré du monde sans jamais cesser de prier pour lui. Il existe une raison fondamentale que l’auteur précise : « Redisons donc sans fin que la solitude extérieure et intérieure est le climat normal de l’union à Dieu, qui est l’unique but de la vie monastique  ». Pour donner de l’ampleur à son propos, le moine prend le temps de poser son sujet : « Qu’est-ce qu’un moine à l’état pur, si l’on ose dire ? Le public attribue ce nom, indistinctement à des catégories de religieux auxquels il convient mal, alors même qu’ils vivraient ordinairement dans un couvent. Qu’est-ce qui distingue le moine, non seulement d’un clerc et d’un apôtre dits séculiers, mais d’un Clerc Régulier, d’un Franciscain, d’un Frère Prêcheur, d’un Jésuite, d’un Rédemptoriste, d’un Carme, d’un Chanoine Régulier ?  » Puisant aux sources de la tradition bénédictine et monacale, Dom Augustin Savaton répond à l’ensemble de ces questions avec un sens aigu de la pédagogie. D’une manière générale, certains glosent sur la pauvreté du moine. Celle-ci est plus que nécessaire : « On serait parfois tenté de croire que la pauvreté joue dans la vie monastique un rôle quelque peu secondaire, qu’elle conditionne simplement l’extérieur de cette vie. Or, elle lui est, en réalité, essentielle. La pauvreté nous dégage des biens terrestres, pour faire de Dieu notre unique et souverain bien. On se fait pauvre parce que Dieu seul nous intéresse. Toutes les autres considérations pâlissent devant celle-ci, qui fournit en même temps la mesure et la qualité du détachement. Sans lui, pas de vraie pureté du cœur. » De plus, dans notre monde sans cesse perturbé par la pollution visuelle et également sonore, le silence se montre primordial pour les moines. Cependant, il prend le soin d’énoncer que « le silence n’est pas tout. » Et il poursuit en ces termes : « Rien n’est fait si l’imagination est sans cesse vagabonde ; si l’esprit est en gestation de projet, de combinaisons, de préoccupations peu compatibles avec la prière et les tâches proprement monastiques ; si l’on rumine les vexations de la vie commune, les griefs contre l’autorité, des problèmes d’amitié et d’ambitions. On n’a que la façade hypocrite du silence : celui-ci est une affaire d’âme, apprécié par Dieu seul. Un bavard n’est peut-être pas plus dangereux qu’un homme replié secrètement sur soi et ses petites théories particulières. Cependant les gens loquaces sont un fléau et troublent la paix de ce que Saint Benoit appelle la maison de Dieu ». Toutefois, l’éloignement du monde, le silence interne et externe ne doivent pas conduire à l’inaction ou au repli sur soi : « Saint Benoit pose d’abord, en principe, que l’oisiveté est l’ennemie de l’âme : on dit même communément, qu’elle est la mère de tous les vices. Sans travail aucune hygiène morale ou physique ; c’est l’atrophie, et un homme inoccupé est de bonne prise pour le tentateur.  » De même les contempteurs du monachisme ont toujours critiqué la coupure familiale qu’impose la règle. Dom Augustin Savon leur répond : « On ne peut pas en effet se consacrer à Dieu sans renoncer à la douceur des liens du sang.  » Tout doit être ordonné par et pour Dieu. L’ancien Père Abbé de Wisques conclut : « La vie du moine est vraiment toute eschatologique. Nous venons de voir qu’elle n’a pas de fin en elle-même : son épanouissement se réalise dans la béatitude éternelle. »

Avec une aisance remarquable renforcée par une profondeur spirituelle, Dom Augustin Savaton revient sur les conditions de naissance du monachisme, donne la définition d’un moine bénédictin, expose le quotidien de ce dernier, présente les charismes qui animent les moines, et nous dévoile les ressorts puissants de cette vie consacrée à Dieu. Se référant à la Règle de Saint Benoit d’heureuse mémoire, à Saint Antoine le Grand, à Cassien et à d’autres ermites célèbres, l’auteur avec hauteur de vue, précision, douceur et simplicité nous présente une étude passionnante sur les valeurs fondamentales du monachisme.

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Franck ABED

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