Les douze questions que pose le motu proprio Traditionis custodes

Comment le motu proprio Traditionis custodes, restreignant strictement l’usage du missel de 1962, va-t-il être appliqué dans les diocèses français ? Les réponses de l’abbé Albert Jacquemin, maître de conférences à la faculté de droit canonique de Paris où il enseigne le droit liturgique.

<p>Messe de clôture du pèlerinage de l'association Notre-Dame de Chrétienté pour la région Ouest en la basilique Saint Louis Marie Grignion de Monfort, le 25 mai 2021.</p>

Messe de clôture du pèlerinage de l’association Notre-Dame de Chrétienté pour la région Ouest en la basilique Saint Louis Marie Grignion de Monfort, le 25 mai 2021.

– Frederic Petry / Hans Lucas

1 – Le motu proprio Traditionis custodes supprime la forme extraordinaire du rite romain. Cela signifie-t-il que les messes dites de « saint Pie V » ne peuvent plus être célébrées ?

Non, c’est l’expression de « forme extraordinaire du rite romain », pour désigner la messe dite de saint Pie V, qui disparaît. Désormais, dans la mesure où la messe célébrée selon le missel réformé en 1970 redevient l’unique « lex orandi » de l’Église latine, il n’y a plus lieu d’évoquer une « forme extraordinaire » du rite romain. Pour autant, cela ne signifie pas que la messe selon le missel de 1962 est abrogée. Simplement, le pape a décidé d’en régler plus strictement l’usage qui devient dérogatoire de la norme.

2 – À quelles conditions les prêtres peuvent-ils désormais célébrer la messe avec le missel de 1962 ?

Les prêtres diocésains, ou ceux appartenant à des communautés dites anciennement « Ecclesia Dei », qui avaient reçu de l’évêque un ministère comportant la célébration du missel de Saint-Jean XXIII, recevront, avec leur lettre de mission, la faculté d’utiliser ce missel. Les prêtres, hors de ces ministères, désirant célébrer ponctuellement la forme antérieure du rite romain, pour des obsèques ou un mariage par exemple, devront en obtenir la faculté de l’évêque du lieu. Enfin, les prêtres diocésains, ordonnés après la promulgation du motu proprio, devront en faire la demande formelle à leur évêque qui, avant d’accorder cette autorisation, devra consulter le Siège Apostolique.

3 – N’est-il pas contradictoire de redonner du pouvoir aux évêques, tout en les obligeant à consulter le Siège Apostolique, pour donner l’autorisation à un prêtre nouvellement ordonné de célébrer la messe tridentine ? Sur quels critères le Siège Apostolique donnera-t-il sa réponse ?

Oui, le motu proprio, s’il rend la main aux évêques, n’en comporte pas moins des normes prescriptives qu’ils doivent observer. Cependant, chaque évêque est libre de les appliquer avec le discernement pastoral exigé par la situation de son diocèse. Pour accorder la faculté de célébrer selon le missel de saint Jean XXIII à un prêtre ordonné après le 16 juillet 2021, l’évêque devra consulter le Saint-Siège en indiquant les raisons avancées par ce prêtre auxquelles il ajoutera sans doute un avis. Quant aux critères retenus par Rome pour se prononcer, le motu proprio en indique les plus essentiels : la reconnaissante de la validité et de la légitimité de la messe de saint Paul VI, l’adhésion aux enseignements du concile de Vatican II, ainsi qu’au magistère des papes depuis le Concile.

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4 – Un prêtre diocésain célébrant la messe en privé peut-il utiliser le missel de 1962 sans en demander la permission ?

La lecture du motu proprio ne permet pas de répondre positivement. Tout prêtre diocésain célébrant selon le missel de 1962, en privé comme en public, devra en obtenir la faculté de la part de son évêque.

5 – Un fidèle qui ne suivait pas la messe selon le missel de 1962 peut-il rejoindre un groupe déjà constitué sans être en porte à faux avec l’Église ?

Oui. Rejoindre un groupe existant ne signifie pas en créer un nouveau !

6 – Où les messes célébrées avec le missel de 1962 auront-elles lieu désormais, puisque le motu proprio interdit qu’elles le soient dans des églises paroissiales ?

Là où la messe tridentine est célébrée dans des églises paroissiales, elle continuera sans doute de l’être. D’autant qu’une marge de manœuvre, prévue par le code de droit canonique (canon 87 § 1), laisse à l’évêque la possibilité de gérer au cas par cas, pour le bien spirituel de ses fidèles, l’application de certaines lois disciplinaires.

7 – N’est-il pas paradoxal de vouloir œuvrer à l’unité de l’Église tout en écartant les « tradis » des églises paroissiales où ils croisaient régulièrement d’autres fidèles attachés à la messe de Paul VI ?

Si, sans doute. Ces mesures, si elles étaient appliquées avec rigueur, entraîneraient des conséquences funestes pour ces fidèles qui se sentiraient psychologiquement et physiquement ostracisés. Cela nourrirait des ressentiments à l’égard de la hiérarchie de l’Église et entraverait gravement le cheminement des communautés « Ecclesia Dei » vers les perspectives souhaitées par le Saint-Père.

8 – Quel avenir réserve le motu proprio aux communautés « Ecclesia Dei » ?

Le Saint-Père interdisant à l’avenir la formation de nouveaux groupes stables de fidèles demandeurs de la messe tridentine, les débouchés d’apostolat offerts à ces communautés vont fatalement se réduire.

9 – Comment s’articule ce motu proprio avec le charisme propre de l’Institut du Bon Pasteur et de la Fraternité Saint-Pierre, qui est de célébrer exclusivement la messe selon la « forme extraordinaire » ?

Ces instituts restent toujours habilités, d’après leurs constitutions propres, à célébrer selon le missel de saint Jean XXIII, mais leur refus de toute concélébration, lors de la messe chrismale en particulier – qui constitue le signe liturgique de la communion ecclésiale –, risque de déboucher sur des contentieux avec les évêques, comme à Dijon il y a quelques semaines. Sur ce point, le motu proprio obligera ces instituts à exposer clairement les raisons théologiques de l’exclusivité liturgique qu’ils pratiquent.

10 – À quel évêque un prêtre ordonné, après le motu proprio, au sein d’une communauté « Ecclesia Dei », doit-il demander l’autorisation de célébrer selon le missel de 1962 étant donné qu’il ignore encore dans quel diocèse il sera amené à exercer ?

Dans la mesure où ces prêtres auront été ordonnés dans des instituts célébrant selon le missel de 1962 et reconnus comme tels par le Saint-Siège, ils n’auront pas à demander cette autorisation. Mais l’évêque qui leur confiera un ministère devra leur donner, comme à tout prêtre, la faculté de célébrer la messe tridentine dans son diocèse.

11 – Le motu proprio demande à l’évêque « de veiller à ce que de tels groupes n’excluent pas la validité et la légitimité de la réforme liturgique, des préceptes du moncile Vatican II et du Magistère des Papes ». Concrètement, comment va-t-il exercer cette surveillance ?

Cette exigence du pape est d’ordre ecclésiologique. Elle vise d’abord à raffermir la communion ecclésiale entre les prêtres célébrant selon le missel de saint Jean XXIII et les évêques. Car c’est aux pasteurs des communautés « Ecclesia Dei », en premier lieu, qu’il appartient d’éviter tout esprit de dissidence doctrinale parmi les fidèles laïcs. Cependant, il faut s’aviser que le motu proprio s’adresse à l’Église universelle, pas seulement à la France où la conférence des évêques a créé récemment une instance de dialogue régulier et apaisé avec les communautés « Ecclesia Dei ». Je pense que nombre de sujets préoccupant les évêques y seront franchement abordés. De plus, d’ores-et-déjà, plusieurs évêques français ont renouvelé leur confiance aux prêtres concernés par le motu proprio.

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Motu proprio Traditionis Custodes : plusieurs évêques tentent de rassurer les fidèles inquiets

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12 – Dans sa lettre, le pape appelle de ses vœux un « recadrage de la messe Paul VI ». Cette disposition, ne figurant pas dans le motu proprio, ne risque-t-elle pas de n’être qu’un vœu pieux ?

L’injonction du Saint-Père « que chaque liturgie soit célébrée avec decorum et avec fidélité aux livres liturgiques promulgués après le concile Vatican II, sans excentricités qui dégénèrent facilement en abus », n’est pas une formule de rhétorique. Elle constitue l’une des conditions d’une application réussie du motu proprio. Beaucoup de fidèles laïcs qui n’étaient pas liés à la Fraternité Saint-Pie X ont choisi, en 1988, puis surtout en 2007, de migrer vers la messe tridentine parce qu’ils y ont découvert une sacralité liturgique qu’ils n’ont pas rencontrée ailleurs. Ceux-là doivent pouvoir retrouver dans des célébrations selon le missel de saint Paul VI ce qui les a menés vers le missel tridentin et que le concile de Vatican II n’a jamais aboli : le hiératisme sacré, la langue latine et le chant grégorien ne sont pas incompatibles avec le missel romain actuel. Depuis cinquante ans, cette voie n’a jamais été sérieusement encouragée.

https://www.famillechretienne.fr/36868/article/les-douze-questions-que-pose-le-motu-proprio-traditionis-custodes

 

1 thought on “Les douze questions que pose le motu proprio Traditionis custodes

  1. Hervé J. VOLTO

    Or, vous le savez, tout ce qu’on fait à Mon Eglise Je le regarde, comme fait à Moi-même. Si on l’honore, Je suis honoré en elle ; si on la défend, Je suis défendu en elle ; si on la trahit, Je suis trahi en elle ; si on répand son sang, c’est Mon sang qui coule de ses veines (Jésus à Marie Lataste).

    Si le gouvernement du Vatican trahit la Sainte Eglise Catholique, c’est N.S. Jésus-Christ Lui-même qu’il trahit.

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