Non, il ne s’agit pas de revenir sur l’article du 16 mars avec ses commentaires jusqu’à plus soif. Car l’excommunication latae sententiae est en l’occurrence analogue à ces dispositifs prévus dans les sous-marins en cas d’accident, pour tâcher sans état d’âme de sauver le bateau : les portes étanches du compartiment ou de la tranche concernés se ferment automatiquement ; malheur à qui n’aura pu s’en extraire à temps.
En cette veille de Pentecôte il nous faut aborder un phénomène beaucoup plus répandu, et à cet égard bien plus dommageable : les accusations de schisme et d’hérésie sont sur toutes les lèvres pas seulement cléricales, et les excommunications, interdits et autres suspenses s’abattent publiquement sur tous : nul n’est épargné. Le Grand Inquisiteur en est tout retourné dans sa tombe : lui dont la sainte Institution avait été érigée pour que soit réservé à la seule autorité compétente d’instruire, de juger, de condamner en ces matières éminentes ; éventuellement de livrer au bras séculier le relaps endurci, en remettant le salut de son âme à Dieu seul.
Chacun reproche aux autres de ne pas se rallier à son propre combat, de ne pas s’enrôler sous son étendard ; et en même temps, chacun est très jaloux de préserver sa propre boutique envers et contre tous, persuadé qu’elle est indispensable et la clé maîtresse de l’œuvre à accomplir. D’où les commentaires négatifs, et polémiques virulentes sur « ce qu’il a dit et n’a pas dit et aurait dû dire », quand ce n’est pas le couperet : « il ne va pas à la bonne messe ; ou il ne reconnaît pas Vatican II ». Toutes choses qui disqualifient définitivement les autres, et consacrent la désunion des intelligences.
Jésus l’a stigmatisé ouvertement chez certains. Il expulsait un démon, qui était muet. Or il advint que, le démon étant sorti, le muet parla, et les foules furent dans l’admiration. Mais certains d’entre eux dirent : « C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons ». D’autres, pour le mettre à l’épreuve, réclamaient de lui un signe venant du ciel. Mais lui, connaissant leurs pensées, leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, et maison sur maison s’écroule… Si moi, c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons, vos fils, par qui les expulsent-ils ? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges. Mais si c’est par le Doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous… Cette génération mauvaise demande un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas… Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas » (Lc 11, 14…32).
Pour la France, comme pour l’Église, ce serait le syndrome d’Astérix. Sous la pression universelle depuis plus de deux cents ans, chacun avec son entourage toujours mieux trié, toujours plus radicalisé, irréprochablement pur, est persuadé d’être le seul village qui résiste encore et toujours, entouré des camps retranchés disons de la gauche bourgeoise, des communistes et de leurs supplétifs ; le reste, y compris de la même nébuleuse éventuellement catho, est de toutes façons négligeable. Car, avec la potion magique du druide, ses outils d’analyses, sa doctrine, son idéologie, sa théorie, son fétiche et ses tabous, il n’y a que nous. Illusion aggravée par le fait qu’on ne sort du village que pour rosser les camps retranchés, sans gloire puisqu’ils n’ont aucun argument à nous opposer réellement : puis on rentre festoyer joyeusement tout en partageant et commentant, jusqu’à la prochaine occasion de leur montrer ce qu’on va voir. Tandis que toute la Gaule est tenue par des pirates qui ne laisseront pas d’eux-mêmes la place !
Mais en dehors de la bande dessinée, le désastre est encore plus grave au plan spirituel, en nous faisant revivre, les uns par rapport aux autres, le reniement de Pierre toujours devant la même servante alors que la Passion est déjà commencée : « je ne connais pas cet homme » ! En commentaire on trouvera le lien vers la dernière vidéo de Academia Christiana, non pas pour relayer un éventuel appel de fonds, mais bien pour réfléchir à ce dont il se fait l’écho ; en constatant au passage qu’ils occupent un créneau qui n’est pas le nôtre, mais qui n’est absolument pas indifférent à notre cause. Et il y en a tant d’autres qui œuvrent aussi de près ou de loin, au retour du Roi. Tous ceux-là ne sauraient nous être étrangers. La Charte est providentiellement fondée sur deux demandes du Pater : la docilité au projet divin ; et le pardon des offenses. Mais par là même, elle peut provoquer l’union des intelligences et l’accord des volontés, parce qu’elle fait remonter tous les maux à leur cause unique métapolitique : l’abolition du droit divin par la première Constitution, et le renvoi de Jésus-Christ (contre le projet divin) ; et lorsqu’elle indique par conséquent et en toute logique l’action métapolitique qui fera sauter le verrou qui commande tous les verrous en France : l’amende honorable à Jésus, Christ et vrai Roi de France pour qu’il efface notre offense ; et la Supplique pénitente à Dieu pour le retour du roi sur le Trône. Parce Domine, parce populo tuo ; ne in aeternum irascaris nobis – Pardonnez, Seigneur, pardonnez à Votre peuple : ne soyez point éternellement irrité contre lui (pardon des offenses).
On l’a compris : la roue tourne, et les dernières propositions sur le blog vont dans ce même sens. Le moment est certainement venu d’aller à la rencontre des élites naturelles qui œuvrent déjà, et de renouer avec elles afin qu’elles retrouvent le goût de se rassembler aussi entre elles ; à commencer par nous-mêmes. A Pontmain, la Supplique à Dieu pour le retour du Roi a le secret de son efficacité chaque 17 du mois, dans la confiance en l’action souveraine de Notre-Dame, et l’espérance très sûre proclamée par son message : comment ne pas reconnaître que ce Pèlerinage est en réalité au cœur de la vocation de la Charte et de sa mission ? Et nous n’en serions pas, au moins de temps à autre ?
Quoi qu’il en soit, nous ne rougirons plus de nos frères ; et nous hésiterons d’autant moins à les étriller cordialement, que nous reconnaissons le Christ en eux, et c’est pourquoi nous les aimons : attelés que nous sommes à Son même joug que l’amour nous fera trouver facile, Maître doux et humble en son école, et au fardeau léger (cf. Mt 11, 28-30).
Bonne fête de Pentecôte ! Que l’Esprit nous Console et nous comble !
L’Aumônier de la Charte de Fontevrault

Voir :
Bien à vous.