Le prône de la Messe
Recommandé – Pour ceux qui veulent entendre cet enseignement tel qu’il a été prononcé :
Et pour ceux qui veulent en garder l’impression :
Nous célébrons aujourd’hui la Fête de saint Louis, Roi et Confesseur, modèle et intercesseur de la Royauté en France. Il est aussi le patron du Diocèse aux Armées Françaises. Cette coïncidence est éclairante et significative, car il ne faudrait pas admirer le roi presque franciscain au point de ne plus considérer le guerrier qui se jette en travers des projets du mal, prend les armes contre les méchants, et défend la vraie religion et la foi, fidèle à la mission du Fils aîné de la sainte Église, son glaive temporel et son bouclier.
L’Église catholique est le seul cas où l’autorité religieuse se suscite et se donne un pouvoir temporel distinct du sien, afin d’avoir en face d’elle un partenaire authentique dans l’ordre temporel. Nous retrouvons ici au plan de la société, l’unité substantielle de la personne humaine : l’âme et le corps distincts l’un de l’autre et ordonnés l’un à l’autre. L’âme donne forme et vie au corps qui lui sert d’instrument ; leur séparation monstrueuse est la mort inéluctable. A cet égard, le Voeu de Louis XIII est un modèle et un sommet : je ne sais pas si beaucoup d’évêques en France aujourd’hui, auraient la même justesse théologique et la même élévation spirituelle ; ce n’est pas en tout cas ce que nous lisons dans les lettres pastorales diocésaines ou les communiqués de la Conférence des Évêques de France et de ses commissions.
Ce faisant, le roi ne se « mêle » pas de religion, comme s’il décrétait soudain qu’il y eût dorénavant quatre personnes dans la Trinité en France, ou seulement cinq sacrements du salut. Mais il va jusqu’à commander aux Évêques ce qu’il a jugé bon pour ses peuples dont il a la charge, leur bonheur et mieux encore leur sanctification, et la prospérité du royaume. Les Évêques, eux, garantissent l’intégralité de la foi et les bonnes mœurs, ce qui pourrait les conduire au martyre en cas de tyrannie ; mais le plus souvent ils obtempèrent à la volonté royale pour le bien de la paix de tous. La comparaison serait celle des rapports d’un prêtre et des pères et mères de famille : lorsque le prêtre vient à la maison, il ne va pas décider des menus de la semaine ou de l’heure du coucher des plus jeunes ; en revanche, les parents pourront lui exprimer avec fermeté ce qu’ils attendent du catéchisme ou de la dignité des célébrations paroissiales.
Le royalisme juste, est : providentialiste, mystique, et politique. Ce sont les trois visées que nous prenons sur ce don inouï que représente la Royauté en France, et son rayonnement sur les Nations.
On fait couramment l’analogie avec la vocation et la mission d’Israël, plusieurs fois formulée par les Papes. Encore faut-il garder bien présent que le premier analogué est la France, et Israël la préfiguration désormais caduque, puisque nous sommes dans le Christ, le régime de l’Alliance nouvelle et éternelle. Prenons le temps de rappeler la chute d’Israël et l’horreur du châtiment qui l’a voué à l’errance universelle, suscitant la violence et fomentant les guerres : pour en tirer les leçons et de redoutables avertissements. Le peuple à la nuque raide, dès la superbe de son élection ; les murmures au désert sont devenus les vociférations de l’apostasie radicale : « nous n’avons pas d’autre roi que César », alors que le roi d’Israël, c’est Yahvé ; enfin l’arrogance avec laquelle ils appellent la malédiction : « que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! »
Or il n’était pas nécessaire que l’élection d’Israël et sa mission soient transférées à un autre peuple, comme l’explique saint Paul aux chapitres 9-11 de la Lettre aux Romains. L’âme lacérée par le destin du peuple Juif, le pharisien fils de pharisien et disciple de Gamaliel devenu apôtre des Gentils, comprend en effet, que le refus d’Israël a permis l’entrée des païens dans l’Église, par cette folie de la prédication évangélique : de sorte que quelques Juifs furent effectivement le commencement du nouveau Peuple de Dieu, mais le reste des Juifs se convertira à la fin. Comme l’avait annoncé le Maître : « les premiers seront les derniers ; et beaucoup de derniers seront les premiers ».
C’est donc par pure gratuité et miséricorde que le Sacré-Cœur choisit souverainement la France et son roi, et cela représente un nouveau commencement, comme le marquent le Baptême et encore le Sacre. L’analogie de la morale conjugale vient à point ici pour éclairer la conjonction d’un élément de nécessité et d’un élément aléatoire, qui garantit la transcendance du choix divin et sauve néanmoins la liberté responsable de l’homme : la paternité et la maternité responsables sont remises par Dieu aux époux, mais sans que ceux-ci ne court-circuitent la biologie du cycle féminin, divine surprise, le fameux biologisme ecclésiastique tant reproché à Paul VI à la suite d’Humanæ Vitæ ; de façon analogue et à l’inverse, l’ordre dynastique désigne le roi par la primogéniture, mais c’est le sacre qui fait le roi.
Car régner sur la France comme lieu-tenant du Sacré-Cœur ne fait pas partie du droit d’aînesse dans la famille royale, mais est une vocation surnaturelle qui se greffe sur le Baptême, sans en être pour autant un développement, comme le seraient les vœux religieux : on suit le Christ de plus près, de façon plus radicale. L’analogie est à prendre plutôt du côté du sacrement de l’Ordre, qui configure au Christ d’une façon nouvelle afin de le rendre présent, pour le service des frères. Raison pour laquelle le roi de France est sacré avec le Saint-Chrême préparé avec quelque chose de la Sainte Ampoule, et on n’a pas reculé devant l’expression analogique d’« évêque du dehors » pour désigner le roi, au regard des « évêques du dedans ».
On comprend alors que le royalisme juste, est aussi mystique. A ce propos, puis-je soumettre une requête à Monsieur le Connétable, à laquelle il voudra bien réfléchir avec le Promoteur de la Supplique à Pontmain ? Qu’on adopte ce rituel particulier de la Charte : lorsque l’aumônier ouvre la porte du tabernacle pour l’exposition eucharistique et le Salut du Saint-Sacrement, les fidèles tombent à genoux et on annonce solennellement tandis que l’Hostie est portée à l’autel et montée sur l’ostensoir, « Le Roi des rois et Seigneur des seigneurs, Notre Seigneur Jésus, Christ et vrai Roi de France ». Car enfin, l’Hostie consacrée, sous les apparences du Sacrement, est le Corps ressuscité du Christ, par le miracle et plus qu’un miracle, de la transsubstantiation : et donc, sa Personne est réellement et substantiellement là, il est présent dans Son royaume ! Par conséquent, il semble parfaitement légitime qu’à la Charte, il soit annoncé, désigné, célébré et adoré en ce qu’il est réellement aussi : le Roi de France ; dont la royauté ne relève ni du régime actuellement aux affaires, ni du peuple, mais de sa royauté universelle au titre de son Incarnation rédemptrice, dans l’admirable condescendance de son Sacré-Cœur pour les Francs.
Dès lors, apparaît la dimension quasi-sacramentelle de tout ce qui se vit à la Charte. Lorsque nous avons le Roi des rois, vrai Roi de France réellement présent sur l’Autel, il nous faudrait, il nous faut, il nous prépare son lieu-tenant, que dans une totale humiliation le Connétable représente. Quand viendra le roi, il se tiendra là, veillant au Nord contre la charge des ennemis, pour protéger les célébrations de la sainte Église. Tout ça pour nous aider à comprendre que ce ne sont pas des convictions philosophiques, politiques, ou mieux spirituelles car tout de même nous sommes catholiques : c’est la réalité d’un mystère qui est, qui existe et qui se rend présent à nous, qui nous attire dans son rayonnement et nous fait l’honneur d’attendre, de susciter notre collaboration.
Royalisme providentialiste, mystique, et enfin politique. J’en dirai quelques mots cet après-midi si Dieu me prête vie, puisque vous me faites la confiance de me donner la parole au début de votre Chapitre général.
basclergeensabots
