Communication au Chapitre général :
La nécessité de retrouver le sens et le goût
de l’ordre temporel catholique (1/2)
Ci-dessous, la communication audio telle qu’elle a été faite lors du Chapitre Général de la Charte, et entendue par les participants à cette journée.
Comme indiqué dans le titre, c’est la 1ère partie audio. Attention, elle s’arrête nette à la fin.
La suite paraîtra demain.
Lecture du Livre d’Isaïe (3, 1-15)
Voici que le Maître et Seigneur de l’univers va retirer de Jérusalem et de Juda réserves et ressources, toute réserve de pain, toute réserve d’eau, le héros et l’homme de guerre, le juge et le prophète, le devin et l’ancien, l’officier, le notable, le conseiller, l’expert en magie, et le charmeur habile.
Je leur donne pour princes des gamins dont le caprice les gouvernera.
Les gens seront des tyrans les uns pour les autres, chacun pour son prochain ; le gamin s’en prendra à l’ancien, et le vaurien, au vénérable.
Un individu se saisira de son frère dans la maison paternelle, en disant : « Tu as un manteau : tu seras notre chef ! Ce pays en ruines, gouverne-le ! » ;
ce jour-là, l’autre répliquera : « Je ne suis pas un guérisseur ! Il n’y a, dans ma maison, ni pain ni manteau, ne me faites pas chef du peuple ! »
Oui, Jérusalem trébuche et Juda s’écroule, parce que leurs paroles et leurs actes envers le Seigneur sont des insultes au regard de sa gloire.
Leur partialité témoigne contre eux ; comme Sodome, ils étalent leur péché, ils n’en cachent rien. Hélas pour eux ! Ils font leur propre malheur.
Dites : « Qu’il est bon pour le juste de se nourrir du fruit de ses actes !
Quel malheur, hélas, pour le méchant d’être traité selon l’œuvre de ses mains ! »
Ô mon peuple ! Un nourrisson le tyrannise ! Des femmes le gouvernent ! Ô mon peuple, tes guides te fourvoient ; ils brouillent le tracé de tes chemins.
Le Seigneur s’est levé pour accuser, il est debout pour juger les peuples.
Le Seigneur entre en jugement avec les anciens du peuple et ses princes : « C’est vous qui dévastez la vigne ; les biens volés au pauvre emplissent vos maisons.
De quel droit écrasez-vous mon peuple, piétinez-vous le visage du pauvre ? » – oracle du Seigneur, Dieu de l’univers.
La dernière image rappelle la définition de la dictature de demain, donnée par quelqu’un : une grosse chaussure écrasant un visage ; mais l’ensemble du texte, daté d’il y a 2500 ans environ, est d’une cuisante actualité, la Parole de Dieu demeure toujours, et ne passe pas (sic). En tout cas, le Seigneur Dieu s’affirme à toutes les pages de la Bible comme « faisant de la politique », puisque la Providence universelle veille sur la Création, dont la créature humaine qui vit en société : ce qui devient dans la Révélation, l’Histoire du Salut et de la perdition.
L’Ancien Testament scande la marche des peuples, la chute et le relèvement des nations, la succession des civilisations, au gré de la fidélité et de l’infidélité à la Loi de Dieu.
Cela trouve son accomplissement et non pas son extinction dans le Nouveau Testament : « Tout pouvoir m’a été donné au Ciel et sur la terre. Donc, allez, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 18-20). Tel est le mandat apostolique. Rien d’étonnant donc, surtout en ces temps qui sont les derniers, si Notre-Dame se mêle de politique et géopolitique à Fatima : apparitions qui dominent le XXè siècle, et éclairent toute la période.
Sauf que, l’esprit moderne de l’autonomie absolue de la raison infeste tout, et bien sûr nos intelligences à nous aussi qui croyons y échapper, comme un bruit de fond omniprésent auquel on ne fait plus attention.
Or c’est un délire de la raison, une folie intégrale. La façon moderne de penser nie d’emblée la réalité et la remplace par la dialectique : des concepts, des idées remplissent tout le champ de l’intelligence, s’annulent les uns les autres en des synthèses elles-mêmes contredites par de nouvelles perspectives en vraie jonglerie de plus en plus féroce, dans une une course des ânes à l’échalote du dernier mot toujours incessamment abattu, dépassé et vain .
Nous sommes d’autant plus vulnérables à cet idéalisme philosophique dément, qu’il se prétend assis sur l’expérience, au sens positiviste le plus naïf du XIXè siècle : « c’est La Science, La Raison ».
Ne sourions pas de la caricature, elle orchestre le mensonge primordial imposé à nos têtes blondes dès leur entrée à l’école, qui détruit dans l’intelligence à l’aube des plus petits, tout émerveillement et appétit métaphysique : « il n’y a pas de Création, c’est le big bang ».
N’en déplaise à ces grands esprits, pour ne pas dire plus justement ces grandes gueules, l’ordre temporel est créé par Dieu qui y met aussi ses lois. Et cela vaut pour les choses comme pour les êtres animés et les personnes.
Le rationalisme est donc un mensonge et une erreur fatale : l’être est dans la réalité et non pas d’abord dans nos têtes, et notre raison l’y découvre pour s’en faire une idée par abstraction ; c’est-à-dire en en retranchant des éléments, ce que nous ne devons jamais oublier, pour ne pas prendre, comme l’on dit, les vessies pour des lanternes.
Les cinq sens fournissent à l’esprit le matériau que la raison élabore en concepts selon le double principe d’identité et de non-contradiction, dans un va-et-vient constant de la réflexion à la réalité, jusqu’au jugement d’existence qui conclut le cycle de l’intelligence ainsi : « c’est comme ça » ! Notre connaissance est donc à l’image de ce que nous sommes : corps et âme. La séparation des deux est la mort programmée et inéluctable :
Que serait un corps qui ne vivrait que de ses réflexes [1] ?
Que ferait l’âme qui n’utiliserait pas ses sens pour connaître et ses membres pour agir ?
La Révélation elle-même s’est proportionnée à notre structure substantielle pour que la Parole de Dieu ne nous violente pas mais que nous puissions nous l’approprier de façon authentiquement humaine, sans pour autant la dégrader à ce que nous en comprenons. Magnifique condescendance divine, que Vatican II formule ainsi dans la Constitution dogmatique Dei Verbum : la Révélation, tant à l’origine que dans l’Évangile, s’est faite « verbis gestisque », par des paroles et des actes, les paroles donnant la signification des événements, et les actes authentifiant la vérité des paroles [2].
Et c’est le rôle apologétique de tous les miracles, mais aussi des grands événements, les « signes des temps » que l’on scrute dans la foi à la lumière de la Parole de Dieu ; sans se réduire au seul Magistère authentique, puisque la Tradition est elle-même la vie de l’Église tout entière de génération en génération. Va et vient de l’intelligence et de l’intelligence de la foi, aux réalités naturelles et surnaturelles, y compris le grand balancement de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui consacre dans tout l’ordre de la vie spirituelle, lors du Carême et du Triduum pascal chaque année, le principe de l’analogie de l’être et de l’analogie de la foi [3].
basclergeensabots
[1] A l’École Navale, devant le bureau du Capitaine d’Armes, les fusillers marins avaient placardé par autodérision à l’intention des Bordaches, une frise illustrée portant cette constatation : pour marcher au pas, il n’y a pas besoin d’un cerveau , la moelle épinière suffit.
[2] Cf. Dei Verbum 2 : « Cette économie de la Révélation s’accomplit par des actes et des paroles intrinsèquement liés entre eux, de sorte que les œuvres accomplies par Dieu dans l’histoire du salut montrent et consolident la doctrine et les réalités signifiées par les paroles, tandis que les paroles proclament les œuvres et éclairent le mystère qui y est contenu. Mais la vérité profonde sur Dieu et sur le salut de l’homme resplendit pour nous par cette Révélation dans le Christ, qui est à la fois le médiateur et la plénitude de toute la Révélation. »
[3] Cf. Premier Concile du Vatican, Constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique, cap. IV : « Lorsque la raison, éclairée par la foi, cherche avec soin, piété et modération, elle arrive par le don de Dieu à une certaine intelligence très fructueuse des mystères, soit grâce à l’analogie avec les choses qu’elle connaît naturellement, soit grâce aux liens qui relient les mystères entre eux et avec la fin dernière de l’homme […]. Mais bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre la foi et la raison, étant donné que c’est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi, et qui a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison : Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai.
