Communication de M. l’Aumônier de la Charte de Fontevrault au Chapitre Général – 25 août A.D. 2026 (suite et fin)


Communication au Chapitre général :

La nécessité de retrouver le sens et le goût
de l’ordre temporel catholique (2/2)


Ci-dessous, la communication audio telle qu’elle a été faite lors du Chapitre Général de la Charte, et entendue par les participants à cette journée.


Deuxième mensonge encore plus grave, par occultation, car l’ordre temporel n’est plus actuellement tel qu’il a été créé par Dieu, et Dieu vit que c’était bon :  il a été radicalement gâché par le péché originel, et tous les péchés qui s’en sont suivis.
Les effets de ce deuxième mensonge qui est aussi une erreur grossière en méconnaissant le mal, sont apocalyptiques : la fraternité humaine dont on nous rebat les oreilles sur toutes les fréquences et qu’on nous impose de gré ou de force, n’existe plus ; elle fut perdue dès la deuxième génération après la Chute. Nous sommes depuis, sous le régime de la fraternité caïnesque fondée dans le sang versé du premier meurtre de l’Histoire, qui crie vengeance au ciel depuis la terre. Seule la grâce du Christ nous redonne les uns aux autres en vue de la sainteté et pour la vie éternelle. Telle est la réalité : qu’on y pense ou pas ; qu’on l’accepte ou non ; qu’on en souffre ou qu’on soit dans le déni.
Mais refusant la réalité qui ne correspond pas à notre délire, loin d’être bons et meilleurs que Dieu dont nous piétinons la patience, nous devenons fous furieux : il faut en effet être aveugle et totalement endurcis pour ne pas voir l’état du monde, perclus de rationalisme jusqu’à l’IA, devenu étranger au Seigneur et repoussant toujours la grâce du Christ. « … pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : « vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez. Le serpent dit à la femme : pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux… » (Gn 3, 3-5).

On comprend depuis lors, que pour être encore humain, l’ordre temporel ne peut être que catholique : dans l’attente pour les premiers Âges ; dans la préfiguration et l’annonce sous l’ancienne Alliance ; en réalité depuis l’Incarnation du Verbe et l’Alliance nouvelle et éternelle en son Sang.
La doctrine a bientôt souligné que la grâce suppose la nature et l’accomplit au-delà d’elle-même sans la supprimer : autrement dit, la grâce du Christ vient au secours de l’homme, et lui donne par l’annonce de l’Évangile, la foi, les sacrements et les vertus chrétiennes, le pouvoir de devenir enfant de Dieu.
La théologie moderne en a dialectiquement inversé les termes, puis fait naufrage : la nature suppose la grâce et l’accomplit sans la supprimer ; autrement dit, il suffirait d’être homme pour être aussi chrétien et sauvé, telle serait la grâce du Christ.

Ainsi donc, l’ordre temporel est catholique ou n’est pas : qu’il suffise de juxtaposer les réalisations de la royauté en France pendant des siècles et des siècles, et les années de destruction sous le régime dit « du peuple souverain » ; pour se maintenir aussi longtemps, il faut que le trésor à dilapider ait été considérable !
La Charte de Fontevrault est en réalité, en tant que telle humblement et au-delà de nos personnes, comme en représentance de tous les habitants du royaume, et en suppléance de la France officielle : c’est l’ordre temporel catholique, le seul à exister vraiment, oublié voire combattu par l’Église elle-même, et qu’il ne tient qu’à nous de commencer de vivre dans l’attente du roi qui doit venir.
Car tout n’est pas suspendu à la figure prophétique ou controversée du roi, ni à l’évolution aléatoire des événements, mais bien enraciné dans la réalité de la présence de Jésus, Christ et vrai Roi de France, toujours au milieu des siens comme il l’a promis, et substantiellement en son très Saint Sacrement.

Une telle action métapolitique, immédiatement accessible dès lors que nous abjurons le rationalisme moderne et le naturalisme qui lui tient lieu de spiritualité, est providentiellement adossée à un réservoir de grâces alimenté à Pontmain par la Supplique à Dieu pour le retour du Roi sur le trône de France, dans l’intercession puissante de Notre-Dame plus terrible qu’une armée rangée pour la bataille ; son efficacité s’épanche directement du Sacré-Cœur  de Jésus en son Eucharistie, dont la consécration au saint Sacrifice de la Messe, s’appelle dans le Missel Romain : l’Action, Canon Actionis. Elle consiste, en ce qui concerne la Charte, à vivre simplement de la Royauté en France, puisque le Roi est déjà là et puisqu’il doit venir. La « tension eschatologique » est aujourd’hui incontournable.

Dernier mensonge du rationalisme moderne et encore une erreur, redoutable s’il en est, puisqu’il alimente la division des meilleurs de ceux qui croient lui avoir tourné le dos, tant au plan de la doctrine qu’au niveau de l’action : la tabula rasa typiquement révolutionnaire, et le « syndrome d’Astérix ».
De fait,  il nous est difficile, même à nous, de ne pas envisager la nouveauté et le changement, comme d’abord faire table rase de ce qui a précédé ; ni de considérer qu’en dehors de nos idées, à la nuance près, et au-delà de nos combats, il n’est rien qui vaille vraiment, ne soit immédiatement critiquable, ou puisse être décisif ou important en quelque manière.
Un rapide « tour de Gaule » a confirmé que beaucoup de ceux qui sont a priori « des nôtres » se pensent en fait et se comportent comme l’irréductible village gaulois entouré de camps retranchés, avec sa potion magique et son druide ; veillant jalousement à la pureté doctrinale et à l’immunité d’avec le milieu, autre trait révolutionnaire pas très catholique puisque typiquement talmudique. Et toute la Gaule continue d’être occupée : mais on n’y pense même plus, et on attend et on continue !           

N’imaginons pas que l’Église y échapperait : au contraire, les « cathos » sont les plus inconvertissables en l’espèce, il suffit d’aller sur les réseaux pour s’en rendre compte ; et les institutions divines et humaines, fraternités et communautés en sont toutes terriblement marquées ad intra et ad extra.
Hélas, la Liturgie est la lice de prédilection pour les affrontements, et la Messe elle-même est l’arme qu’on n’hésite pas à utiliser pour envoyer au tapis… un frère qui n’aura même pas la pitié qu’on a de principe pour un païen. Mais tout ne commence jamais ni ne finit avec chaque personne ni avec chaque génération dans l’Église : Elle est le Corps mystique du Verbe incarné, notre Seigneur Jésus-Christ. Par conséquent, tous et chacun sont rendus participants d’un Mystère qui les dépasse de toutes parts, auquel ils sont appelés et dans lequel ils entreront toujours plus profondément pendant l’éternité bienheureuse, s’ils persévèrent jusqu’à la fin dans le bon combat en gardant la foi (cf. 2Tm 4,7).
La Tradition est donc un processus de sédimentation des formes toujours vivantes de la Foi en réponse à la Révélation, jamais contredites, jamais corrigées, jamais abolies ni interdites ; éventuellement désuètes, voire incomprises ou oubliées et néanmoins toujours ce qu’elles sont ou ont été : le don de Dieu pour notre salut.

Pour le dire tout de go : nous sommes des nains sur des épaules de géants, c’est pourquoi nous devrions voir plus loin que nos pères. Au contraire, nous sommes ravalés lamentablement plus bas que les bêtes dont on nous dit fièrement que nous descendons, et nous en imitons les comportements ; jusqu’à ce que de fauve qu’il était, l’homme moderne devienne un monstre.
Pour nous, nous mettons notre orgueil en Dieu, dont nous sommes devenus les fils par la foi et le baptême d’eau, « héritiers de la Divinité, co-héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire » (Rm 8, 17). Ouvrons donc nos yeux, notre esprit et notre cœur, en ces jours où Jésus-Christ  fait partout la lumière, avant de se manifester puissamment en Maître, Seigneur, et déjà Juge auquel nul n’échappe.

basclergeensabots

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