Le mot de l’Aumônier : Providentialisme, quand tu nous tiens…

Si l’expiation offerte et la réparation consentie sont les clés spirituelles de la période, Jésus-Christ semble maintenant nous enseigner clairement ce qu’est le providentialisme : il n’est pas un jour qui ne nous mette en présence d’une situation que la décision d’un seul ou de quelques uns pouvait radicalement inverser, ou pas. On comprend par là trois vérités cruciales : effectivement la Providence a tout en main ; cela rend possible notre action au lieu de la disqualifier ; notre liberté est donc interpellée, et ainsi jugée.

Je me suis réjouis ici-même de la profession de Foi catholique de la FSSPX le 24 juin. Le Saint-Siège n’a rien dit, ne serait-ce que de façon factuelle, « on professe la foi catholique, il m’appartient de trancher : oui, c’est catholique ; non, ce n’est pas catholique ». Le Saint-Père, qui a ses raisons que je ne connais pas et ses grâces insondables pour moi, pouvait décider d’apposer sa signature au bas du document, mettant souverainement et dans un acte splendide d’humilité, un terme à cinquante ans de crise dans l’Église. De fait, la suite des jours a comporté cette précision romaine : l’excommunication latae sententiae est due à l’attentat contre l’autorité suprême du Pape, et le schisme qui s’ensuit n’est pas dans l’ordre de la Foi.

Après sa Profession de Foi, la FSSPX pouvait décider d’annuler les sacres annoncés, pour laisser au Christ et à l’Esprit de faire promptement la Vérité dans toute l’Église, à partir de la puissance d’un tel énoncé public ; par quoi elle aurait témoigné de sa confiance en la Providence, ici plus que surnaturelle puisqu’il s’agit de la sainte Église elle-même et de sa mission divine. Elle a pris la décision de sacrer comme prévu, provoquant un cataclysme parmi ceux qui s’étaient confiés à elle pour leur vie chrétienne et le bien de leur âme : car le flou qui lui a été généralement bénéfique plus même qu’aux « ralliés », s’est brutalement dissipé.

Une fois les sacres perpétrés contre la volonté du Saint Père, celui-ci restait libre, en un exercice d’autorité dont nul surtout dans son entourage n’aurait anticipé l’élévation, d’accorder la communion apostolique aux nouveaux ordonnés, et du même élan au service de la vie chrétienne et des âmes, la juridiction sur la FSSPX. Que pèsent Nostra Aetate et Dignitatis Humanae, deux déclarations (le plus bas degré dans la hiérarchie des textes conciliaires ), face à l’Episcopat valide dans sa succession remontant aux Apôtres, à l’actualisation non sanglante dans la Messe du saint Sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ éternel et souverain Prêtre, à la réalité de la Présence substantielle de son Corps et de son Sang en son Eucharistie. Rappelons a fortiori ce qu’énonçait la CDF (28 mai 1992, nn. 14-18) : « L’Épiscopat est un comme l’Eucharistie est une (…) Cette communion existe spécialement avec les Eglises orientales orthodoxes qui, bien que séparées du Siège de Pierre, restent unies à l’Eglise Catholique par des liens très étroits, comme la succession apostolique et l’Eucharistie valide, méritant par conséquent le titre d’Eglises particulières. En effet, “par la célébration de l’Eucharistie du Seigneur dans ces Églises particulières, l’Eglise de Dieu s’édifie et grandit”, parce que l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique est vraiment présente dans toute célébration valide de l’Eucharistie. Cependant (…) la situation de ces vénérables communautés chrétiennes implique aussi une blessure de leur condition d’Eglise particulière. »

La crise objectivement dénouée par la Providence, s’est donc renouée concrètement par la décision libre et responsable des protagonistes à niveau humain. Nous ne pouvons que constater une disparité de traitement qu’il est impossible de ne pas savoir,  puisque nous en souffrons depuis des années à tant de niveaux. Sans même parler des abus de toute nature, il est vrai qu’aucun Évêque n’a été ordonné par la sainte Mère Église, du sein de la FSSPX et pour son service, ni parmi les usagers traditionnels dans l’Église depuis 1968, ni du sein des Instituts et fidèles dits Ecclesia Dei afflicta et pour leur service, ni en 1988, ni en 2008, ni en 2026 ; ce sont plutôt des diacres qu’on arrête aux ordres depuis quelques années pour qu’ils ne deviennent pas prêtres, et des Évêques que l’on dépose. Mais une autre façon de faire est possible : les militaires ont vu les aumôneries qui les desservaient, être érigées en Ordinariats ou diocèses personnels, avec un Évêque et des prêtres dédiés à leurs ressortissants, dans tous les pays et sur tous les continents. Personne n’a vu en cette décision évidemment pastorale de Jean Paul II, une quelconque menace sur l’unité de l’Église, for la jalousie de quelque évêque territorial.. Ne me dites pas qu’il s’agit de cela !

C’est providentiellement en ces mêmes jours, que la Charte et la Supplique ont marqué l’une et l’autre publiquement leur prise en compte de la promesse du Sacré-Coeur sur les coteaux des Rinfillières : « Quand je verrai en ce lieu que j’ai spécialement choisi pour répandre mon amour miséricordieux sur le monde, les foules à genoux et demander pardon, mon Père fera grâce, et mon Cœur apparaîtra dans le triomphe de la paix sur une France régénérée (6-11-1925). Cœur de Jésus, l’heure est venue : avancez, triomphez, régnez ! » Jésus-Christ a donc providentiellement préparé depuis plus de cent ans, avec la souffrance de Claire, sur un Autel unique, au nom de l’univers, la sublime adoration, la profonde action de grâces, l’intégrale expiation, l’irrésistible imploration… Vous n’y étiez pas ? Quel dommage ! Ce n’est pas reconnu par Rome ? Depuis quand doit-elle positivement tout reconnaître ? Ne pouvons-nous discerner ce qui s’adresse à tous et ne s’impose à personne ?

D’autant plus regrettable quelques jours plus tard, que le sort de la France se joue providentiellement sur la décision de 37 malfaiteurs qui peuvent repasser de l’infamie à la dignité, en repoussant la dernière transgression de mort qu’on nous impose ; et sur la décision d’un Premier Ministre qui après avoir exprimé des réserves puis une certaine distance, annonce maintenant la saisine du Conseil Constitutionnel. Mais au geste antique de Ponce Pilate qui, à l’époque, ne l’exonérait en rien de la terrible charge, il faudra à notre contemporain plutôt le courage de la démission pour libérer sa conscience, sauver sa carrière politique car on se souviendra de son geste ; et éventuellement éviter de partir dans la même charrette que ses collègues, tôt ou tard, et sans doute plus tôt qu’on ne l’imagine.

Car la Providence fait éclater la vérité comme en plein midi sur notre France : du régime criminel et du peuple complice. « (…) l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré (…) toutes ces pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes. Tandis qu’elles corrompent la civilisation, elles déshonorent ceux qui s’y livrent plus encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l’honneur du Créateur » (Gaudium et Spes 27).  Pour aujourd’hui encore, quels que soient leurs titres et qualités, ce sont aux termes de nos lois unanimes actuellement en vigueur, des personnes qui fomentent le meurtre de masse contre les populations les plus vulnérables, en prétendant même obliger la contribution de tous à de telles abominations. Ils n’ont pas été mis sous les verrous de manière conservatoire en attendant plus ample instruction, au mépris de tout l’ordre juridique et en sa source transcendante même ; ni chassés du palais par l’indignation du Peuple. Qu’auront-ils fait d’ici ce soir ? Qu’en sera-t-il demain ?

Mais que dire des gens qui ne sont que les gens ? Quelques uns sont vivants ; de tous les autres, j’aurais dit jusqu’ici « ils sont morts, ce sont des morts vivants ». Mais ce n’est plus cela qu’il faut dire. Je ne dirais même pas : « ils ne sont plus », car cela suppose un reste de ce qu’ils étaient ; ni même : « ils ne sont rien », car l’insignifiance de leur vie est encore quelque chose. L’expression juste est celle-ci : « ils ne sont pas » ; « ils ont déserté l’existence ». Non pas : « ils ont déserté leur existence », ce qui supposerait qu’ils se la fussent appropriée au moins un moment. Il ne portent pas leur « charge-d’être », comme dirait Heidegger. Ils ne sont pas des sujets, mais seulement l’objet, l’objet de. Voilà ce qu’un ennemi a fait des Francs.           

L’Aumônier de la Charte de Fontevrault
La Vieille Poste, 15 juillet de l’An du Seigneur 2026

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

The maximum upload file size: 2 Mo. You can upload: image, audio, document, spreadsheet, interactive, text. Links to YouTube, Facebook, Twitter and other services inserted in the comment text will be automatically embedded. Drop file here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.