Le Mot de Monsieur l’Aumônier (2/3) : Sur l’encyclique Magnifica Humanitas


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Focus sur les éclairages (2/3)

Le Souverain Pontife se jette en travers de la machine infernale pour tenter de l’arrêter, et nous devons lui être grandement reconnaissants d’essayer : mais fera-t-il le poids, compte tenu des lacunes béantes dont souffre l’Église depuis les années 70-80, et du legs immédiat de son trop vénéré prédécesseur, en consonance avec son apostolat pendant des années auprès des populations d’Amérique latine ? A-t-il les bons outils? Bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble, vraiment ? Mais le Visionnaire de l’Apocalypse voit les choses différemment, et les exprime pour ainsi dire à l’inverse, après la ruine de Babylone engloutie qu’on ne verra jamais plus. « Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône : voici la demeure de Dieu avec les hommes, il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu» (Ap 21, 2-4). Le glissement sémantique avec l’encyclique est patent, bien qu’elle se réfère plusieurs fois à ce même texte. « L’humanité » ne saurait être comme un tout, le partenaire de Dieu dans l’ordre du salut, parce qu’intervient le grand partage des hommes : l’un est pris, l’autre laissé (cf. Lc 17, 34-37). Il faut redire, en effet, que la grâce du Christ est personnelle, c’est-à-dire qu’elle est offerte par le Christ en personne, et acceptée ou refusée par les personnes dans une liberté que cette offre-même restaure et juge : c’est pourquoi l’auteur sacré parle justement de Dieu avec « les hommes ». Par contre, oui, l’humanité comme un tout est par elle-même un troupeau parqué pour les enfers, comme dit le psaume, à cause du péché originel des premiers parents, dont la transmission, elle, se fait à l’ensemble de leur descendance par propagation naturelle. Comme dit l’Apôtre : il n’en va pas de la grâce comme du péché. Mais de cela, Léon XIV ne soufflera mot. Pour le dire simplement : on est naturellement perdu en bloc, mais personnellement sauvé le cas échéant.

C’est donc bien à propos, en tant que successeur de Pierre et Vicaire du Christ, que le Pape désigne d’emblée le seul et unique Sauveur. « Là où l’humanité court le danger de perdre son visage, nous, chrétiens, nous levons les yeux vers le Dieu qui s’est fait chair, sachant que « le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné ». Cette magnifique humanité devient en Jésus-Christ le Chemin, la Vérité et la Vie, ouvrant à chacun de nous la voie vers la plénitude. » (n. 1) Nouveau glissement sémantique : tandis que Jésus affirme à l’Heure solennelle « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14, 6), le Mystère de sa Personne comme Verbe incarné, est ici étendu à l’humanité elle-même, qui deviendrait comme telle, à cause de Jésus-Christ, non seulement la première médiation de chacun à Dieu, comme en ont fait la promotion plusieurs théologiens contemporains, mais acheminerait même vers la plénitude. Pourtant saint Jean avertit à propos de la Cité de Dieu avec les hommes : « de temple, je n’en vis pas en elle ; c’est que le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout, est son temple, ainsi que l’Agneau» (Ap 21 22). Car depuis l’instauration du culte en esprit et en vérité, comme signifiée lors de la purification du Temple, Jésus récapitule en lui-même toute instance religieuse : « détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai.. Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Ecriture et à la parole qu’il avait dite » (cf. Jn 2, 19..22). Rien ne remplacera donc jamais Jésus-Christ lui-même en Personne, pas même et surtout pas dans son Corps mystique dont il est toujours la Tête et reste le Chef invisible pour les prérogatives qui ne sont qu’à lui, ni parmi les hommes, ni dans l’humanité. Il s’agira toujours de lui, Jésus-Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes, et précisément de sa sainte Humanité hypostatiquement unie à sa Divinité, c’est-à-dire dans sa Personne de Fils Unique et Bien-Aimé du Père. Là est la pierre d’achoppement du dialogue inter-religieux, comme aussi le Rocher sur lequel se fracasse l’humanisme sécularisé.

Dès lors, on commence à sentir que les deux icônes bibliques hautement suggestives, proposées à notre méditation comme clés du choix annoncé comme décisif, ouvrent peut-être sur un marché de dupes : « la construction de la tour de Babel (cf. Gn 11, 1-9) et la reconstruction des murs de Jérusalem (cf. Ne 2-6). » Simplement parce que dans l’une et l’autre option, il ne va s’agir au fond que de l’activité des hommes, pour ou contre Dieu, avec ou sans lui ; et non pas de la proclamation du Salut que Dieu accomplit par Jésus-Christ dans la puissance de son Esprit, œuvre proprement divine, seule capable d’enrayer encore la machine diabolique, et d’arrêter la course de l’humanité à l’abîme. Et pourtant, c’est bien ce qu’écrit aussi le Pape: « évitons donc le « syndrome de Babel » : … langage unique – y compris numérique – capable de tout traduire, même le mystère de la personne, en données et en performances… Choisissons plutôt la « voie de Néhémie »… avant tout, de bâtir sur le roc de la relation avec Dieu.. A l’instar de saint Augustin, nous pouvons nous aussi dire : Vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en vous » (cf. nn. 10 et 11).

Suite sur le prochain article…

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