Christian Class. De l’unité italienne et de la désintégration de l’Empire Austro-hongrois.

Les dynasties viennent et passent . Pour ne citer que le cas de la France , on a eu les Mérovingiens , puis les Carolingiens , ensuite les Capétiens puis les Valois remplacés par les Bourbons eux-mêmes finalement chassés après les 15 ans de fausse « Restauration » par un Orléans qui ne sera qu’ une sorte de président héréditaire gestionnaire d’ une république bourgeoise . D’ où l’ intérêt d’ un royalisme qui ne serait ni légitimiste , ni orléaniste , mais plus préoccupé de faire des propositions concrètes intéressantes … que pour l’ instant on ne voit pas .

Concernant maintenant l’ Italie , c’ est un autre cas intéressant . Un jour à la Fac de droit et des Sciences économiques de Limoges Alain Texier- un de mes profs- m’ avait fait remarquer que l’ unité de l’ Italie était beaucoup plus récente que celle de la France , et il avait certes raison , mais il me semble que le problème n’ est pas tellement la date de son unification mais surtout la différence entre le nord et le sud du pays , beaucoup plus grande que dans les autres pays européens . Cette différence est telle qu’ on peut se demander si en 1860 Garibaldi n’ aurait pas mieux fait de s’ abstenir d’ envahir le royaume de Naples , Cavour se contentant d’ unifier seulement la moitié nord de l’ Italie jusqu’ à Rome . D’ où plus tard l’ échec du fascisme à s’ implanter en profondeur en Italie du Sud , le fascisme étant un phénomène qui correspondait à la mentalité des Italiens du Nord beaucoup plus qu’ à celle des Italiens du Sud , le sud étant d’ autre part beaucoup moins menacé par le communisme ( la peur du communisme ayant été une des principales causes du succès de Mussolini ) que le centre et nord du pays en tout cas à cette époque . D’ où aussi encore plus récemment le mouvement séparatiste padanien dans le nord depuis un certain nombre d’ années . Concernant maintenant plus spécialement le royaume du Piémont-Sardaigne , son succès est dû à la capacité de ses dirigeants à comprendre l’ importance de la question nationale , d’ abord contre les Français révolutionnaires et napoléoniens , ensuite contre les Autrichiens que le fait d’ être catholiques n’ a pas empêché d’ être perçus comme des étrangers par les Italiens . Napoléon a échoué en Italie comme ailleurs parce qu’ il a traité l’ Italie comme une colonie française . Et les Autrichiens ont fini par perdre toutes leurs possessions italiennes parce que contrairement aux rois du Piémont-Sardaigne , ils sont complètement passés à côté de la montée des nationalismes . La perte de l’ Italie du Nord entre 1860 et 1866 ne servit d’ ailleurs pas de leçon aux Autrichiens puisqu’ ils referont la même erreur un peu plus tard en annexant la Bosnie très majoritairement serbe et musulmane , avec le résultat que l’ on a vu à Sarajevo en 1914 , puis dans le reste de l’ empire austro-hongrois en 1918 .

L ‘ Autriche a longtemps joué un rôle positif , d’ abord en refoulant les Turcs de Hongrie et de Croatie , puis en s’ opposant à la progression de l’ idéologie révolutionnaire française . Mais elle ne saura pas tenir compte de la montée des nationalismes , et encore moins les utiliser pour les retourner contre ladite idéologie révolutionnaire française . En Italie la bonne chose à faire aurait peut-être été de faire alliance dès le départ avec le royaume du Piémont-Sardaigne , au prix certes de la perte des possessions autrichiennes en Italie du Nord au profit de ce dernier , mais l’ Autriche ne saura pas le faire , d’ où l’ alliance du Piémont avec la France de Napoléon III .

Après avoir perdu la quasi-totalité de ses territoires italiens à l’ exception de Trente , ainsi que toute influence en Allemagne au profit de la Prusse , en 1867 l’ Autriche est par-dessus le marché obligée de partager le pouvoir avec les Hongrois , et à partir de ce moment l’ empire devenu austro-hongrois entre en décadence . Inconscients du danger que représente le piège du caractère totalement multiethnique de cet état où les deux nationalités dominantes : les Allemands et les Hongrois sont minoritaires face aux Slaves , les Autrichiens se rabattent sur la Bosnie , où ils construiront un quartier sympathique de style architectural centre-européen et viennois en plein milieu de Sarajevo … une ville balkanique peuplée très majoritairement de Serbes et de musulmans comme le reste de la Bosnie . Ce qui se terminera très mal en 1914 . À quelques centaines de kilomètres de là , en Bohême , il faudra même attendre le 21 mai 1918 pour qu’une ordonnance impériale se décide enfin à créer des districts séparés pour les Tchèques et pour les Allemands des Sudètes … Trop tard pour éviter à ces derniers de se retrouver , quelques mois plus tard , sous la botte tchèque pour 20 ans , puis massacrés ou expulsés en 1945-46 .

0 thoughts on “Christian Class. De l’unité italienne et de la désintégration de l’Empire Austro-hongrois.

  1. Christian Class

    Merci à Alain Texier pour cette vidéo de YouTube que j’ avais déjà vue mais qui est un bon résumé du processus d’ unification de l’ Italie . Effectivement le pape , qui ne se considérait pas seulement comme le chef spirituel de l’ église catholique mais également comme le chef temporel de toute une partie de l’ Italie : le Latium avec notamment Rome , l’ Ombrie , les Marches et la Romagne , et qui n’ avait pas apprécié de se faire confisquer tous ces territoires , refusera de s’ entendre avec le nouveau royaume d’ Italie et il faudra attendre Mussolini pour que les choses s’ arrangent , Mussolini acceptant l’ indépendance du Vatican . De leur côté les Autrichiens avaient réussi à conserver le Trentin ainsi que le port de Trieste où une grande partie de la population était italienne , mais ces territoires serviront de prétexte au renversement d’ alliance de l’ Italie , jusque-là plutôt hostile à la France parce que celle-ci avait colonisé la Tunisie que l’ Italie convoitait , et à son entrée en guerre contre l’ Autriche en 1915 . Une guerre extrêmement meurtrière ( des centaines de milliers de morts pour des offensives inutiles ) car l’ armée italienne était nettement inférieure à l’ armée autrichienne et de plus mal commandée . L ‘ effondrement de l’ Autriche en 1918 , suite non pas à des victoires italiennes mais à cause de l’ offensive alliée en Macédoine , permettra toutefois à l’ Italie de récupérer finalement le Trentin et Trieste … mais elle commettra à son tour l’ erreur d’ avoir les yeux plus gros que l’ estomac , en profitant de l’ occasion pour annexer aussi des territoires slovènes et croates situés au-delà de Trieste ainsi que le Tirol du Sud , une région peuplée d’ Allemands et qu’ on confond souvent et à tort avec le Trentin . Autant de nouvelles pommes de discorde qui causeront par la suite encore des problèmes avec les pays voisins , comme notamment le massacre et l’ expulsion des minorités italiennes d’ Istrie et de Zara par les bandes communistes yougoslaves de Tito en 1945 . Le problème du Tirol du Sud n’ ayant lui toujours pas été réglé équitablement de nos jours .

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    1. Christian Class

      Oui bon d’ accord , si vous voulez . Et alors ? Clovis , Charles Martel , Charlemagne n’ étaient pas des Capétiens , et étaient-ils moins valables pour autant ? Et le fait que Philippe Égalité était un capétien l’ a-t-il empêché de voter la mort de Louis 16 pendant la révolution ? …

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